Le sacre de Maëllys Ngo Mboui, représentante de la diaspora France, ne pose pas seulement la question des critères de beauté. Il renvoie aussi à un vieux malaise camerounais : pourquoi ce qui vient de l’extérieur semble-t-il si souvent bénéficier d’un supplément de prestige ? Des perruques qui éloignent les candidates de leurs cheveux naturels jusqu’à la couronne confiée à une représentante vivant hors du pays, le concours invite à interroger notre rapport à ce que nous sommes.

La 19ᵉ édition de Miss Cameroun s’est achevée samedi 19 septembre au Palais des Congrès de Yaoundé avec la victoire de Maëllys Ngo Mboui. À 19 ans, la candidate de la diaspora France dispose d’un parcours académique et associatif intéressant, notamment autour des sciences, des technologies et de la promotion des filles dans les STEM.

Son élection est parfaitement recevable au regard des règles du concours. Mais elle ouvre un débat qui dépasse largement sa personne : dans un pays qui compte des millions de jeunes femmes, fallait-il encore aller chercher la représentante de la beauté camerounaise dans la diaspora ?

Le Cameroun serait-il plus beau quand il vient d’ailleurs ?

La question peut déranger. Elle mérite pourtant d’être posée.

Le Cameroun ne manque ni de beauté, ni de talents, ni de jeunes femmes capables de porter une ambition nationale. Dans les rues de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Bamenda, Garoua, Maroua, Ngaoundéré ou Bertoua, des jeunes femmes vivent quotidiennement les réalités sociales, économiques et culturelles du pays.

Elles connaissent ses quartiers, ses difficultés, ses langues, ses modes de vie, ses contradictions et ses aspirations. Certaines auraient pu porter un projet de représentation du Cameroun avec une connaissance directe de cette réalité.

Le choix d’une candidate de la diaspora n’efface évidemment pas son identité camerounaise. La diaspora fait partie du pays et contribue à son rayonnement. Mais sa victoire pose une question symbolique : pourquoi la reconnaissance de l’excellence camerounaise semble-t-elle parfois plus éclatante lorsqu’elle arrive de l’extérieur ? C’est là que le débat sur le « complexe camerounais » prend tout son sens.

Quand l’extérieur devient un modèle

“Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas seulement Miss Cameroun”.

Il se retrouve dans les goûts, les modes, les accents, les marques, les diplômes, les parcours professionnels et désormais dans certains codes de beauté. Une apparence associée à l’Europe ou à l’Amérique peut facilement être perçue comme plus sophistiquée qu’une esthétique directement enracinée dans les réalités locales.

La question des cheveux en est une illustration.

Perruques, extensions et cheveux lisses ne sont évidemment pas un problème en eux-mêmes. Mais lorsqu’ils deviennent quasiment incontournables dans la représentation de la « belle femme », ils finissent par installer une hiérarchie implicite : le naturel serait à corriger, tandis que l’artificiel serait à valoriser.

Pourtant, le cheveu crépu, les locks, les nattes, les tresses et les différentes coiffures africaines racontent aussi une histoire, une identité et une esthétique.

Une Miss peut-elle aussi ressembler au Cameroun ? : C’est peut-être ici que Miss Cameroun pourrait aller plus loin.

Le concours cherche désormais à mettre en avant l’intelligence, l’éloquence, les projets sociaux et l’engagement des candidates. C’est une évolution importante. Mais la représentation ne devrait-elle pas également intégrer davantage la diversité réelle des femmes camerounaises ?

Une Miss peut être élégante sans être systématiquement transformée. Elle peut porter ses cheveux naturels. Elle peut venir d’une ville camerounaise plutôt que de l’étranger. Elle peut parler avec l’accent de sa région. Elle peut connaître les réalités du pays parce qu’elle les vit au quotidien.

Cela ne signifie pas que la diaspora devrait être exclue. Au contraire, elle a toute sa place dans la construction de l’image du Cameroun à l’étranger. Mais entre représenter le Cameroun depuis l’étranger et représenter le Cameroun depuis le Cameroun, il existe une différence d’expérience qu’un concours national peut légitimement interroger.

Le vrai défi : apprendre à se valoriser

Au fond, le débat ne porte donc ni sur Maëllys Ngo Mboui, ni sur les perruques, ni sur la diaspora prise individuellement. Il porte sur notre capacité collective à considérer que ce qui est camerounais n’a pas besoin d’être validé ailleurs pour avoir de la valeur.

Si une jeune femme de la diaspora remporte la couronne, elle doit pouvoir être célébrée sans que cela implique de dévaloriser celles qui vivent au pays. Et si les cheveux naturels sont moins présents sur les podiums, cela ne signifie pas qu’ils sont moins beaux.

Le véritable changement serait peut-être là : cesser de chercher systématiquement à l’extérieur les critères permettant de mesurer notre propre valeur. Miss Cameroun pourrait alors devenir plus qu’un concours de beauté. Un espace où le Cameroun se regarde enfin avec ses propres yeux.

 

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