Au terme d’une réunion tenue le 4 novembre 2026 aux Services du Gouverneur du Littoral, à Douala-Bonanjo, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a rejeté les arguments avancés en faveur d’une reprise des activités. Après sa descente sur le site de l’explosion et sa visite aux victimes à l’Hôpital général de Douala, il conditionne désormais toute réouverture à une reconstruction complète de l’usine. Les conditions d’emploi des victimes, présentées comme des tâcherons, soulèvent également de sérieuses interrogations.

Cinq morts ne peuvent être considérés comme le prix à payer pour maintenir une unité industrielle en activité. C’est, en substance, le message opposé par le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Pr Fuh Calistus Gentry, au représentant de la filière métallurgique qui plaidait pour la préservation des activités de Metafrique Steel. Lors d’une réunion tenue mercredi 4 novembre aux Services du Gouverneur de la région du Littoral, à Douala-Bonanjo, le membre du gouvernement a confirmé que l’entreprise resterait fermée jusqu’à la reconstruction complète de ses installations conformément aux normes industrielles.

Cette position intervient après l’explosion suivie d’un incendie survenue le 2 novembre 2026 dans l’usine située dans la zone industrielle de Bassa, à Douala. Le sinistre a fait cinq morts et plusieurs blessés. Pour le ministre, la répétition des accidents et les pertes en vies humaines imposent une réponse qui ne peut se limiter à de simples corrections ponctuelles.

Le ministre oppose les vies humaines aux arguments économiques

Présent à Douala depuis plusieurs jours à la suite du drame, le Pr Fuh Calistus Gentry a effectué une descente sur le site sinistré, accompagné du gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua et d’autres responsables administratifs et sécuritaires. Il s’est ensuite rendu à l’Hôpital général de Douala pour s’enquérir de la situation des blessés et échanger avec les responsables de la formation sanitaire.

La visite de l’usine et celle des victimes ont précédé les discussions avec les représentants de la filière. Au cours de la réunion du 4 novembre, YANTHO PATRICE, coordonnateur de l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (OCITRAM), a tenté de convaincre le ministre de privilégier une amélioration des installations plutôt qu’un arrêt prolongé des activités.

Son plaidoyer s’est principalement appuyé sur les conséquences sociales et économiques d’une fermeture : pertes d’emplois, baisse de la production et diminution des capacités nationales de transformation du fer. Il a également proposé de faire évoluer le taux de transformation locale de 62-64 % à 70 %, tout en assurant que les industriels étaient disposés à investir dans l’amélioration de leurs installations.

Mais cet argumentaire n’a pas infléchi la position ministérielle. Le Pr Fuh Calistus Gentry a opposé aux considérations économiques les conséquences humaines des accidents successifs. Pour lui, les emplois et la production ne peuvent servir de justification au maintien d’une usine dont les installations ne répondent pas aux exigences de sécurité.

« We will provide incentives, but we will not allow half-baked measures, else we will be back for another condolence message », a-t-il averti. Le ministre a ainsi exclu une reprise fondée sur des mesures provisoires ou des corrections superficielles. Metafrique Steel doit reconstruire ses installations selon les normes requises, sous la supervision du Commissaire national des inspections.

Des tâcherons sans protection : les conditions de travail interrogées

L’autre dimension préoccupante du drame concerne le statut des cinq personnes décédées. Selon les précisions apportées lors des échanges, les victimes étaient des tâcherons et non des employés de l’entreprise régulièrement intégrés à son dispositif de protection des travailleurs.

Cette situation soulève des interrogations sur les modalités de recrutement, la formalisation des contrats, les déclarations sociales et la couverture des risques professionnels. Dans une unité métallurgique où les travailleurs sont exposés à des températures élevées, aux fours, aux projections de matières en fusion et aux risques d’explosion, l’absence éventuelle de garanties professionnelles pour une partie de la main-d’œuvre serait particulièrement préoccupante.

Les discussions ont également porté sur des rémunérations journalières évoquées à hauteur de 3 500 FCFA. Le ministre a rappelé que les cahiers des charges doivent intégrer les exigences du Code du travail, le respect des prix et les obligations relatives au contenu local. Ces déclarations appellent désormais une vérification des pratiques effectives de l’entreprise par les administrations compétentes.

Le recours à des tâcherons ne dispense pas une entreprise de ses obligations de prévention et de protection. La question est donc de savoir si ces personnes bénéficiaient réellement des équipements de protection individuelle, de la formation aux risques industriels, d’une couverture contre les accidents du travail et des garanties prévues par la réglementation.

Dans ce contexte, les conditions décrites par les intervenants soulèvent un risque de précarisation extrême de la main-d’œuvre, voire de pratiques assimilables à une forme d’exploitation. Il reviendra aux services de l’Inspection du travail d’établir les éventuelles irrégularités et les responsabilités correspondantes.

Des obligations de sécurité renforcées pour toute la filière

Au-delà de la fermeture de Metafrique Steel, le ministre a annoncé des exigences rigoureuses applicables aux entreprises du secteur, y compris pendant les opérations de reconstruction. L’objectif affiché est de développer une filière fer complète, allant de la mine à l’enrichissement, puis à la production de billettes et de produits finis.

L’expert QHSE Dr Moueleu Pierre a, pour sa part, insisté sur les obligations techniques qui doivent précéder l’ouverture et l’exploitation des unités métallurgiques. Il a rappelé qu’une étude de dangers doit permettre d’identifier les risques avant l’implantation, de modéliser les scénarios d’explosion et de mesurer les conséquences possibles sur les installations et les entreprises voisines.

Cette démarche doit être accompagnée d’un plan de masse et d’un plan de gestion des risques servant de référence quotidienne aux responsables industriels. L’expert a également averti que la répétition des accidents au sein d’une même entreprise peut révéler une défaillance du management de la sécurité.

Le gouvernement entend ainsi imposer l’étude de dangers, le contrôle des installations, la gestion des risques et la vérification des obligations sociales à l’ensemble des industriels concernés.

Pour Metafrique Steel, la décision est désormais claire : les activités restent suspendues. L’enquête technique et administrative devra établir les causes de l’explosion du 2 novembre et les responsabilités éventuelles. En attendant, le ministre ne donne aucune ouverture à une reprise anticipée. Le maintien des emplois et la relance de la production ne pourront intervenir qu’après la mise en conformité effective de l’usine.

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