« Il ne faut pas attendre le premier coup pour reconnaître la violence. » Au micro de Cameroon Press, en marge du premier Congrès national de BPW Cameroun à Douala, Me Sara Orélie Bitanga, avocate au Barreau du Cameroun et directrice générale du Cabinet Bitanga & Partners, lance un avertissement sans détour : contrôle, isolement et humiliations sont autant de signaux d’alerte à ne pas banaliser. Elle appelle à briser le silence et à agir avant que l’emprise ne bascule dans l’irréparable.

Les violences faites aux femmes ne commencent pas nécessairement par une agression physique. Elles peuvent s’installer progressivement, à travers des insultes, des humiliations, des restrictions de liberté et un contrôle croissant de la vie quotidienne. C’est l’alerte lancée par Me Sara Orélie Bitanga lors du deuxième jour du premier Congrès national de BPW Cameroun, à l’hôtel Sawa de Douala ce Samedi 10 Octobre 2026.

Pour cette professionnelle du droit, la prévention commence par la capacité à reconnaître les premiers signes d’une relation dangereuse. Attendre que les violences deviennent physiques ou que la situation dégénère peut exposer la victime à des conséquences irréversibles. « Mon conseil aux femmes, déjà, c’est de savoir choisir leur partenaire, de savoir identifier les premiers signaux de violence et de prendre les mesures, soit pour partir », recommande-t-elle.

De l’humiliation à l’agression physique

L’un des principaux dangers réside dans la banalisation des premiers comportements violents. Une insulte, une humiliation publique ou une première gifle peuvent être minimisées au nom de l’amour, du pardon ou de la préservation du couple. Pourtant, ces actes peuvent s’inscrire dans une dynamique de domination qui s’aggrave avec le temps. « Quand on laisse la première gifle passer, la première insulte publique passer, ça devient une habitude. Le mental prend un coup. Et finalement, quand le premier coup viendra, il pourrait être fatal », prévient Me Bitanga.

Son message invite à prendre au sérieux les violences verbales et psychologiques, sans attendre l’apparition de blessures physiques pour chercher de l’aide. La répétition des humiliations peut affecter la confiance en soi et réduire progressivement la capacité de la victime à réagir ou à envisager une séparation.

L’avocate attire également l’attention sur les comportements de contrôle qui peuvent précéder les agressions. « On contrôle ce que vous mangez, on contrôle ce que vous portez, on contrôle qui vous fréquentez », explique-t-elle. Selon l’avocate, Lorsqu’un partenaire cherche à décider des vêtements de sa compagne, à surveiller ses relations ou à limiter ses contacts avec ses proches, ces comportements doivent alerter, particulièrement lorsqu’ils s’accompagnent de menaces, d’humiliations ou d’une volonté d’imposer systématiquement sa propre volonté.

Me Orélie Bitanga sur le Panel à la clôture du Congrès, le samedi 10 Octobre 2026

L’isolement, un piège qui complique le départ

L’emprise peut aussi se construire par l’éloignement progressif de la victime de son entourage. En réduisant ses relations avec ses amis et sa famille, le partenaire violent peut l’affaiblir et limiter ses possibilités de trouver du soutien. « On va vous priver de vos amis, de votre famille, vous éloigner de tout pour mieux vous contrôler et faire de vous un objet et non pas un partenaire de vie », dénonce Me Bitanga.

Cette perte d’autonomie rend parfois la rupture particulièrement difficile. La victime peut craindre les représailles, le jugement social, les difficultés financières ou les conséquences d’une séparation sur ses enfants. Certaines choisissent alors de rester dans un environnement violent, persuadées de préserver l’équilibre familial. L’avocate remet en question cette justification souvent avancée pour maintenir le foyer à tout prix. « Mais quel équilibre peut-on garantir à un enfant quand soi-même on n’est pas équilibré ? », interroge-t-elle.

La question souligne les limites d’une conception de la famille qui privilégie son apparence au détriment de la sécurité de ses membres. Grandir dans un climat de peur, d’humiliations ou d’agressions peut également affecter les enfants. Leur protection suppose donc de prendre en compte la réalité des violences plutôt que de considérer la séparation comme un échec systématique.

Briser le silence, même face à un conjoint influent

Au-delà de l’identification des signaux d’alerte, Me Bitanga insiste sur la nécessité de rompre le silence. La honte, la peur de déshonorer la famille ou le statut social du conjoint peuvent dissuader certaines victimes de parler. « Ne pas se dire que c’est une affaire privée, j’ai honte d’exposer mon mari. Mon mari est peut-être une personnalité publique du pays », insiste-t-elle.

Pour l’avocate, la réputation d’un conjoint ne doit pas devenir un obstacle à la protection d’une femme. Les violences ne peuvent être réduites à une affaire strictement privée dès lors que la sécurité et l’intégrité d’une personne sont menacées.

Le silence peut prolonger l’isolement de la victime et retarder la recherche d’une assistance. Parler à une personne de confiance, solliciter un accompagnement spécialisé et se renseigner sur les recours disponibles peuvent contribuer à rompre cet enfermement. Ces démarches doivent toutefois tenir compte du niveau de danger, notamment lorsque la victime redoute des représailles.

La protection ne peut reposer sur les seules victimes

Si Me Bitanga appelle les femmes à développer leur vigilance, la prévention des violences conjugales ne saurait se limiter à leur capacité à identifier les comportements dangereux ou à quitter leur partenaire. Les contraintes économiques, la dépendance matérielle, la charge des enfants et l’emprise psychologique peuvent considérablement compliquer leur départ.

La réponse doit également mobiliser les familles, les communautés et les institutions. L’écoute sans culpabilisation, l’accompagnement psychologique, l’assistance juridique et l’accès à des solutions de protection sont essentiels pour permettre aux victimes de sortir de situations dangereuses.

La justice occupe une place importante dans ce dispositif, à travers les mesures de protection et les sanctions prévues par la loi. Encore faut-il que les victimes puissent signaler les faits, être entendues et accéder à une prise en charge adaptée. L’intervention ne devrait pas attendre qu’une agression grave transforme les premiers signaux en drame.

Au premier Congrès national de BPW Cameroun, l’intervention de Me Sara Orélie Bitanga ramène ainsi la lutte contre les violences faites aux femmes à une exigence fondamentale : reconnaître les signes précurseurs, refuser leur banalisation et rendre la recherche d’aide possible avant l’irréparable.

Le premier coup ne doit pas être le premier moment où la violence est prise au sérieux.

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