À l’Assemblée nationale, un atelier organisé par le Réseau parlementaire pour la promotion de la santé et la valorisation de la médecine traditionnelle (REPPROSAN) a remis au centre du débat les conditions d’application de la loi du 23 décembre 2024. Entre reconnaissance professionnelle, contrôle des produits thérapeutiques, formation des praticiens et financement public, les acteurs du secteur plaident pour des mesures concrètes, dont une enveloppe d’un milliard de FCFA dans le budget de l’État en 2028.

La médecine traditionnelle camerounaise se trouve confrontée à un enjeu qui dépasse désormais sa reconnaissance dans le paysage sanitaire national : celui de son organisation effective. La promulgation de la loi n°2024/018 du 23 décembre 2024 a posé un cadre juridique pour encadrer cette activité. Mais son entrée dans la pratique reste conditionnée par la publication des textes d’application, la définition des modalités d’exercice et la mise en place de mécanismes capables de distinguer les pratiques professionnelles des activités échappant à tout contrôle formel.

C’est autour de cette problématique que l’Assemblée nationale a accueilli un atelier national placé sous le thème : « État des lieux de la médecine traditionnelle après la promulgation de la loi N°2024/018 du 23 décembre 2024 ; expérience de la médecine traditionnelle chinoise ». Une initiative du Réseau parlementaire pour la promotion de la santé et la valorisation de la médecine traditionnelle (REPPROSAN), conduit par l’honorable Germain Mengue Mezui, en collaboration avec les établissements SHINEAWAY. Les travaux étaient présidés par la vice-présidente de l’Assemblée nationale, l’honorable Mary Muyali Meboka.

À travers cette rencontre, les participants ont voulu examiner les conditions dans lesquelles le nouveau dispositif législatif pourrait produire ses effets sur le terrain. Car, derrière la question de la réglementation se pose celle de l’intégration d’un ensemble de pratiques thérapeutiques dans un système organisé, avec des exigences de qualification, de traçabilité, de qualité et de sécurité.

L’application de la loi, premier test de crédibilité

La publication des textes d’application apparaît comme l’une des urgences soulevées au cours des échanges. Sans ces instruments réglementaires, plusieurs dispositions de la loi risquent de rester difficiles à mettre en œuvre. Les modalités d’identification des praticiens, les conditions d’exercice, les mécanismes de contrôle et les exigences auxquelles devront répondre les produits issus de la pharmacopée traditionnelle nécessitent en effet des précisions opérationnelles.

Les participants souhaitent également voir la période transitoire de 24 mois portée à 36 mois, jusqu’en décembre 2027. Cette proposition vise à éviter que les nouvelles obligations réglementaires ne deviennent, pour une partie des tradipraticiens, un obstacle à la poursuite de leurs activités. Le délai supplémentaire serait notamment consacré à la régularisation de leur situation et à leur adaptation aux nouvelles dispositions.

Cette demande met en évidence l’un des principaux défis de la réforme : concilier la nécessité d’assainir le secteur avec les réalités d’une profession dont les acteurs doivent encore être recensés, identifiés et accompagnés dans leur mise en conformité. La réglementation ne pourra produire les résultats attendus sans un dispositif d’accompagnement permettant aux praticiens de comprendre les nouvelles exigences et de s’y conformer.

Le recensement national des tradipraticiens figure ainsi parmi les recommandations formulées. Il devrait contribuer à établir une cartographie des acteurs et à faciliter leur reconnaissance professionnelle. À cette mesure s’ajoutent la formation continue et le renforcement des compétences, deux leviers essentiels pour améliorer les pratiques et consolider les exigences de responsabilité dans l’exercice de la médecine traditionnelle.

La question des médicaments traditionnels améliorés constitue un autre chantier. Les participants préconisent un renforcement du contrôle de qualité et de la certification de ces produits. L’enjeu est notamment de mieux encadrer leur fabrication et leur commercialisation, afin que la valorisation des ressources thérapeutiques locales ne se fasse pas au détriment des exigences sanitaires.

De la pharmacopée traditionnelle à une véritable filière économique

La réflexion engagée à l’Assemblée nationale comporte également une dimension économique. La médecine traditionnelle ne représente pas uniquement un patrimoine de connaissances et de pratiques thérapeutiques. La valorisation des ressources naturelles, la transformation locale des matières premières, la production de médicaments traditionnels améliorés et leur accès aux marchés peuvent aussi constituer des activités génératrices de valeur.

Toutefois, cette perspective suppose de dépasser la simple promotion des savoirs ancestraux. La structuration d’une filière exige des investissements, des compétences techniques, des capacités de production et des mécanismes de contrôle permettant de garantir la conformité des produits. Elle implique également de créer des conditions favorables à leur commercialisation, y compris au-delà des frontières nationales.

C’est dans cette perspective qu’a été évoquée la nécessité de mobiliser des ressources publiques en faveur du secteur. Un plaidoyer pour l’inscription d’une enveloppe d’un milliard de FCFA dans la Loi de finances 2028 est notamment envisagé. Cette proposition vise à donner une traduction budgétaire aux ambitions de développement de la médecine traditionnelle, même si les modalités d’affectation et d’utilisation de cette éventuelle enveloppe restent à préciser.

L’expérience de la médecine traditionnelle chinoise, intégrée au programme de l’atelier, a également alimenté les réflexions sur les possibilités d’organisation et de valorisation des pratiques thérapeutiques traditionnelles. Elle offre un cadre de comparaison pour examiner les conditions dans lesquelles un patrimoine médical peut être structuré et développé, sans pour autant transposer mécaniquement un modèle étranger aux réalités camerounaises.

Au terme des travaux, la question centrale demeure celle du passage des orientations aux réalisations. La loi du 23 décembre 2024 a posé les bases juridiques de l’encadrement du secteur. Sa portée dépendra désormais de la célérité des textes d’application, de la capacité des pouvoirs publics à accompagner les praticiens et de la mobilisation des moyens nécessaires au contrôle et au développement de la filière.

Pour le Parlement et les acteurs réunis autour du REPPROSAN, l’enjeu consiste donc à faire sortir la médecine traditionnelle de son cadre d’exercice insuffisamment structuré pour l’inscrire dans une dynamique de professionnalisation, de sécurisation des pratiques et de valorisation économique. Une ambition dont la concrétisation nécessitera autant de rigueur réglementaire que de volonté budgétaire.

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