Après un nouvel incendie précédé d’une explosion, survenu le 2 novembre 2026 dans ses installations de Bassa, Metafrique Steel SA, entreprise indienne spécialisée dans le recyclage de métaux, se retrouve au cœur d’une grave controverse sur la sécurité industrielle. Quatre personnes ont perdu la vie et seize autres ont été grièvement brûlées. Sept mois après un précédent sinistre ayant fait dix blessés, les déclarations du gouverneur du Littoral sur le non-respect des prescriptions de sécurité remettent en question les pratiques de prévention dans cette entreprise et, au-delà, la responsabilité des opérateurs industriels au Cameroun.
La zone industrielle de Bassa a été le théâtre d’un nouveau drame humain ce lundi 2 novembre 2026. Entre 7 h et 7 h 15, une explosion suivie d’un violent incendie a frappé les installations de Metafrique Steel SA. Le bilan provisoire est particulièrement lourd : quatre personnes ont péri dans les flammes et seize ouvriers ont été grièvement brûlés. Les victimes ont été évacuées à l’Hôpital général de Douala, où leur état a été jugé préoccupant par les autorités.
L’intervention des secours, notamment d’une unité de sauvetage de l’armée, a permis de récupérer les quatre corps calcinés. Mais au-delà de l’ampleur du sinistre, c’est surtout sa répétition qui soulève de sérieuses interrogations. Comment une entreprise ayant déjà connu plusieurs incendies peut-elle être confrontée à une nouvelle catastrophe de cette ampleur ?
Le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, ne s’est d’ailleurs pas limité à exprimer sa compassion aux victimes. En se rendant au chevet des blessés, il a publiquement mis en cause l’application des mesures de prévention prescrites à l’entreprise après les précédents accidents. « Malgré les premiers cas d’incendie, les mesures de sécurité n’ont pas été prises », a-t-il déclaré. Une sortie particulièrement sévère qui place désormais la direction de Metafrique Steel face à des interrogations auxquelles une simple communication institutionnelle ne saurait répondre.
Sept mois après, le même scénario
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2026, un incendie avait déjà ravagé une partie des installations de Metafrique Steel. Dix personnes avaient été blessées, dont neuf Camerounais et un ressortissant indien. Plusieurs victimes avaient été prises en charge à l’Hôpital général de Douala, certaines dans un état critique. À l’époque, la production avait été temporairement suspendue et une enquête annoncée pour déterminer les circonstances du sinistre. La direction avait également assuré que des mesures plus strictes seraient mises en place afin d’éviter une nouvelle catastrophe.
Sept mois plus tard, quatre morts et seize blessés graves viennent rappeler la portée limitée de ces engagements, du moins au regard du nouveau bilan humain. L’entreprise avait également connu un incendie en avril 2022, qui avait endommagé des stocks de matières premières sans faire de victimes. Cette succession d’accidents pose une question fondamentale : les recommandations formulées après chaque sinistre ont-elles réellement été suivies d’investissements suffisants dans la prévention, les équipements de protection, la maintenance des installations et la formation du personnel ?
La direction de Metafrique Steel évoque, dans son communiqué du 2 novembre, un incident « d’origine externe » dont les causes restent à déterminer. Cette explication constitue la position de l’entreprise, mais elle ne permet pas, à ce stade, d’établir les circonstances techniques du drame ni d’écarter d’éventuelles défaillances internes.
Les industriels ne peuvent pas faire passer la production avant les vies humaines
Le cas Metafrique Steel dépasse désormais le périmètre d’une seule entreprise. Il remet sur la table une question essentielle pour l’industrialisation du Cameroun : à quel prix les entreprises produisent-elles ? La sidérurgie est une activité à risques élevés. La fusion des métaux, les fours industriels, les installations électriques, les matières inflammables et les équipements lourds imposent des dispositifs de sécurité particulièrement rigoureux. Dans un tel environnement, la prévention ne devrait jamais être une formalité administrative, encore moins une dépense que l’on reporte jusqu’au prochain accident.
La responsabilité des industriels ne se limite pas au paiement des salaires ou au respect des objectifs de production. Elle englobe la protection des travailleurs, l’entretien des équipements, l’identification des risques et la mise en œuvre effective des normes de sécurité. Les employés ne peuvent être considérés comme de simples ressources de production exposées aux dangers de leur environnement professionnel.
L’enjeu est d’autant plus important que Metafrique Steel n’est pas une petite unité artisanale. Filiale du groupe indien Metafrique, l’entreprise est implantée au Cameroun depuis une quinzaine d’années. Elle recycle des déchets ferreux pour produire notamment du fer à béton et des billettes d’acier. Son effectif est estimé à près de 500 employés, pour une capacité annuelle de production d’environ 36 000 tonnes.
Elle appartient à l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (OCITRAM), qui regroupe cinq grands opérateurs du secteur. Selon des estimations sectorielles rapportées par la presse économique, ces entreprises représentent près de 95 % du marché national, génèrent environ 500 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel et emploient plus de 4 000 personnes. Cette importance économique ne saurait toutefois constituer un bouclier contre les exigences de sécurité. La création d’emplois, la production locale et la contribution à l’économie nationale ne donnent à aucune entreprise le droit de compromettre la vie de ses salariés.
Les autorités doivent aller au-delà des constats
La réaction du gouverneur du Littoral marque une nouvelle étape dans la gestion de cette affaire. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua a ordonné la cessation des activités de l’usine, selon les informations rapportées par KOACI, et évoqué l’ouverture d’une enquête. Cette décision devra être suivie d’un contrôle rigoureux des installations et de la vérification des prescriptions antérieurement adressées à l’entreprise. Mais la question ne concerne pas uniquement Metafrique Steel. Elle interpelle également les administrations chargées de l’inspection du travail, du contrôle des installations industrielles et de la protection civile.
À quoi servent les inspections si les manquements constatés ne donnent pas lieu à des mesures suffisamment contraignantes ? Quelle est la traçabilité des recommandations formulées après un accident ? Qui vérifie leur mise en œuvre avant la reprise de la production ? Et quelles sanctions sont prévues lorsque les obligations de sécurité ne sont pas respectées ? Ces interrogations méritent des réponses publiques. Car la prévention des accidents industriels ne peut reposer sur la seule bonne volonté des dirigeants. Elle exige un contrôle permanent, des inspections effectives et des sanctions proportionnées aux manquements établis.
L’enquête devra notamment établir l’origine de l’explosion, les circonstances de propagation du feu, les éventuelles défaillances des dispositifs de sécurité et le respect des engagements pris après les précédents sinistres. Elle devra aussi déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles, dans le respect des procédures légales.
Au-delà des quatre vies perdues et des seize travailleurs grièvement brûlés, cette catastrophe rappelle une réalité que le discours sur l’industrialisation ne devrait jamais occulter : une industrie qui ne protège pas suffisamment ceux qui la font fonctionner compromet sa propre légitimité. Le Cameroun a besoin d’entreprises qui investissent, produisent, recrutent et contribuent à la transformation de son économie. Mais il a tout autant besoin d’industriels qui comprennent que la sécurité des travailleurs n’est ni négociable ni facultative.
À Metafrique Steel, les promesses formulées après le précédent incendie sont désormais confrontées à un bilan humain dramatique. Il ne suffit plus de présenter des condoléances et de promettre un accompagnement aux familles. Les victimes et l’opinion publique attendent des explications, des responsabilités clairement établies et des garanties concrètes pour que les usines camerounaises cessent d’être des lieux où travailler peut devenir un risque mortel.
























