Plus de 6 semaines après le décès d’Ozanne Moukoko Essoe âgée de 11 ans, survenu le 18 septembre 2026 au Collège De La Salle à Douala, les circonstances du drame demeurent obscures. Son père, Henri Moukoko, évoquait lors d’une interview à la radio notamment des soupçons de viol et de violences sexuelles, à la suite de constatations médicales qu’il affirme avoir reçues. Alors que le gouverneur de la région du Littoral et la ministre des Enseignements secondaires s’étaient rendus sur les lieux et auprès de la famille, aucune conclusion d’enquête n’a été publiquement communiquée. Après l’émoi suscité par ce décès et les annonces officielles d’investigations, l’affaire semble progressivement retomber dans le silence, laissant la famille dans l’attente de réponses.

Le 18 septembre 2026, Ozanne Moukoko Essoe, élève en classe de 5e A au Collège De La Salle de Douala, est retrouvée inconsciente dans les toilettes de son établissement. Transportée à l’hôpital Laquintinie, la fillette y est déclarée morte. Depuis, les circonstances de ce décès restent insuffisamment éclaircies dans l’espace public, tandis que plusieurs interrogations persistent sur les événements qui ont précédé sa disparition.

Dans une communication rendue publique le 1er octobre, son père, Henri Moukoko, est revenu sur le déroulement des faits et a fait état de constatations médicales particulièrement préoccupantes. Selon ses déclarations, l’examen du corps de sa fille aurait révélé la présence de sperme frais ainsi que des traces de violences vaginales et anales. Il évoque également une possible exposition de l’enfant à des substances psychotropes. Sur la base de ces éléments qu’il rapporte, il demande que la piste d’un viol soit examinée par les enquêteurs et que toute la lumière soit faite sur les circonstances du décès.

Ces allégations, d’une extrême gravité, n’ont toutefois pas été confirmées par des conclusions médico-légales ou judiciaires rendues publiques. Leur vérification relève des autorités compétentes. L’exploitation des prélèvements évoqués par le père, les éventuelles analyses biologiques et les examens complémentaires sont ainsi déterminants pour établir la matérialité des faits et déterminer si d’éventuelles violences ont contribué à la mort de l’enfant.

Au-delà de ces soupçons, Henri Moukoko soulève plusieurs interrogations sur la prise en charge de sa fille. Il souhaite notamment que soit reconstituée avec précision la chronologie des événements, depuis le moment où l’élève a été retrouvée inconsciente jusqu’à son admission à l’hôpital Laquintinie. Les informations communiquées à la famille, les horaires des appels et les conditions de son transfert constituent autant d’éléments dont la vérification pourrait permettre de lever certaines incertitudes.

Le père réclame également l’exploitation intégrale des images de vidéosurveillance du collège. Ces enregistrements, s’ils ont été conservés, pourraient contribuer à retracer les derniers déplacements de l’enfant, à identifier les personnes ayant été en contact avec elle et à confronter les différentes versions des faits.

Des annonces officielles sans conclusions publiques

Dès les premiers jours suivant le drame, les autorités administratives avaient manifesté leur préoccupation. Le 22 septembre, le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, s’était rendu auprès de la famille endeuillée avant de rencontrer les responsables de l’établissement. Il avait alors annoncé l’ouverture d’investigations afin de déterminer les circonstances exactes du décès et d’établir les responsabilités éventuelles.

Le 25 septembre, la ministre des Enseignements secondaires, Pauline Nalova Lyonga, avait à son tour effectué une descente au Collège De La Salle, avant de rendre visite aux proches de la victime. Ces interventions avaient placé l’affaire au centre de l’attention des autorités administratives et éducatives. Elles avaient également nourri l’espoir d’une clarification rapide des circonstances du décès.

Pourtant, plusieurs semaines après ces déplacements, aucune conclusion des investigations n’a été publiquement portée à la connaissance de l’opinion. Les enquêteurs ont-ils pu entendre toutes les personnes présentes dans l’établissement le jour du drame ? Les constatations médicales évoquées par le père ont-elles fait l’objet d’expertises complémentaires ? Les images de surveillance ont-elles été exploitées ? Une chronologie précise des événements a-t-elle été établie ?

Le respect du secret de l’enquête ne saurait imposer une divulgation prématurée des éléments du dossier. Il ne dispense cependant pas les institutions concernées de communiquer, dans les limites prévues par la loi, sur l’évolution de la procédure et les diligences entreprises.

C’est précisément cette absence de communication qui nourrit aujourd’hui les interrogations. Après les visites officielles et les engagements pris au lendemain du drame, l’affaire semble avoir progressivement quitté le centre de l’attention institutionnelle, alors même que les questions soulevées par la famille demeurent sans réponse publique.

La sécurité scolaire et l’exigence de vérité face aux affaires qui s’enlisent

Au-delà des circonstances du décès, l’affaire remet en question les dispositifs de surveillance et de prise en charge des élèves dans les établissements scolaires. Les conditions dans lesquelles Ozanne a été découverte, secourue puis transportée à l’hôpital nécessitent des éclaircissements. La réaction de l’administration de l’établissement face à l’urgence médicale, les mesures prises et les moyens mobilisés pour porter assistance à l’enfant constituent autant de points qui méritent un examen approfondi.

Le précédent décès de René Vincent Efon, âgé de 12 ans, signalé en décembre 2025 dans le même établissement, donne une résonance particulière à ces interrogations. Les circonstances de cette autre disparition doivent néanmoins être examinées indépendamment de celles de la mort d’Ozanne, aucun élément probant ne permettant d’établir un lien entre les deux événements.

Le précédent décès de René Vincent Efon, âgé de 12 ans, signalé en décembre 2025 dans le même établissement, donne une résonance particulière à ces interrogations. Les circonstances de cette autre disparition doivent néanmoins être examinées indépendamment de celles de la mort d’Ozanne, aucun élément probant ne permettant d’établir un lien entre les deux événements.

Le précédent décès de René Vincent Efon, âgé de 12 ans, signalé en décembre 2025 dans le même établissement, donne une résonance particulière à ces interrogations. Les circonstances de cette autre disparition doivent néanmoins être examinées indépendamment de celles de la mort d’Ozanne, aucun élément probant ne permettant d’établir un lien entre les deux événements.

La mort du journaliste Samuel Wazizi, décédé en détention en août 2019, demeure à cet égard un exemple particulièrement préoccupant. Après avoir reconnu son décès en juin 2020, les autorités avaient annoncé l’existence d’une enquête. Pourtant, les organisations de défense des droits humains, notamment Reporters sans frontières et l’ACAT-France, avaient réclamé la publication de ses conclusions, restées au centre des interrogations. La disparition du journaliste, les circonstances de sa détention et l’absence de restitution de sa dépouille à sa famille avaient notamment soulevé de graves questions sur la transparence de la procédure.

Plus récemment, l’assassinat de Martinez Zogo, dont le procès se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé depuis mars 2024, illustre également la difficulté à établir publiquement toute la chaîne des responsabilités dans les affaires les plus sensibles. Près de quatre ans après son enlèvement et la découverte de son corps supplicié en janvier 2023, l’identification de tous les auteurs et d’éventuels commanditaires demeure un enjeu judiciaire majeur.

Ces affaires ne sont ni de même nature ni de même gravité. Elles mettent cependant en évidence une exigence commune : celle d’une justice capable de faire aboutir les investigations, d’établir les responsabilités et de communiquer, dans le respect des procédures, sur les résultats obtenus. Une enquête ouverte ne saurait constituer, à elle seule, une réponse aux attentes des victimes et de leurs proches.

Dans le cas d’Ozanne, les responsabilités éventuelles de l’établissement scolaire, les conditions de prise en charge de l’enfant et les soupçons de violences sexuelles évoqués par son père appellent des clarifications. Le Collège De La Salle est attendu sur les dispositions prises pour assurer la sécurité des élèves, tandis que le ministère des Enseignements secondaires ne peut être indifférent au suivi administratif de cette affaire.

Six semaines après le drame, les réactions officielles des premiers jours semblent avoir cédé la place à une absence de communication. Les visites des autorités, les annonces d’investigations et les engagements pris n’ont, pour l’heure, pas été suivis de conclusions publiquement accessibles. Le respect du secret de l’enquête ne dispense pas pour autant les institutions concernées de rendre compte, dans les limites légales, de l’évolution des démarches entreprises.

Le risque est désormais de voir l’émotion suscitée par la mort de l’enfant s’estomper, tandis que les interrogations de sa famille restent entières. L’expérience d’autres affaires camerounaises rappelle pourtant que le temps qui passe ne doit pas devenir un facteur d’effacement des responsabilités.

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