Le bras de fer autour de Vision 4 franchit un nouveau cap. Dans une déclaration musclée publiée le 6 octobre 2026, le SNJC dénonce la « cacophonie institutionnelle » entre le CNC, le ministère de la Communication et la justice, et accuse le pouvoir de brouiller les règles de la régulation des médias. Le syndicat exige que la justice reste l’arbitre et met en garde contre une régulation transformée en affrontement politique.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) sort de sa réserve dans l’affaire qui oppose depuis plusieurs semaines le Groupe L’Anecdote et ses responsables au Conseil national de la communication (CNC). Dans une déclaration signée le 6 octobre 2026 par son secrétaire général, Hilaire Hamakoué, le syndicat dénonce surtout les tensions entre les différentes institutions intervenant dans le dossier. Le SNJC rappelle d’abord son attachement à un principe qu’il juge indissociable de l’exercice du journalisme : « Il n’y a pas de liberté de la presse sans responsabilité et il n’y a pas de responsabilité véritable sans liberté. »

L’organisation syndicale ne conteste donc pas le principe de sanctions en cas de manquements professionnels. Elle affirme ne soutenir « ni les dérives déontologiques, ni les atteintes à la dignité humaine, ni la diffusion d’informations fausses, injurieuses ou déséquilibrées ». Pour le SNJC, les journalistes doivent respecter la vérification des faits, la dignité des personnes et l’équilibre de l’information.

Le SNJC contre les sanctions collectives

Là où le syndicat marque davantage sa différence, c’est sur la portée des sanctions visant les médias. Le CNC a notamment suspendu, le 29 septembre, Vision 4 pour un mois, le journaliste Thaddée Martial Owona pour six mois et Boni Meyene Philippe, directeur général des médias du Groupe L’Anecdote, pour un mois.

Pour le SNJC, la responsabilité d’un manquement professionnel doit d’abord être individualisée. La suspension d’une chaîne entière affecte, selon lui, bien au-delà des responsables directement concernés, les journalistes, cameramen, monteurs, techniciens, administratifs et autres travailleurs qui dépendent de l’activité du média. « Un manquement professionnel ne doit pas devenir une condamnation collective des travailleurs », estime le syndicat, qui plaide pour des sanctions proportionnées et individualisées, ainsi que pour le développement de l’autorégulation et de la formation permanente.

Le SNJC s’attarde surtout sur ce qu’il qualifie de « cacophonie institutionnelle » autour de l’affaire.

Le syndicat relève notamment que le CNC a engagé une procédure judiciaire après les décisions contestées, tandis que le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a adressé le 2 octobre une correspondance à Canal+ pour lui demander de rétablir la diffusion de Vision 4. Dans le même temps, le ministre demandait au Groupe L’Anecdote de respecter les sanctions individuelles visant ses responsables et journalistes.

Pour le SNJC, cette situation soulève une question de cohérence institutionnelle. « Lorsque le politique intervient directement dans l’exécution d’une décision du régulateur, c’est l’autorité même de la régulation qui se trouve fragilisée », estime l’organisation.

Le syndicat rappelle que si le CNC est l’organe compétent en matière de régulation des médias, ses décisions doivent être exécutées ou contestées par les voies de droit. Une fois la justice saisie, ajoute-t-il, il revient au juge de trancher.

« La justice doit rester l’arbitre »

Le SNJC appelle ainsi les différentes parties à faire preuve de retenue et à laisser la justice exercer pleinement son rôle. L’organisation considère que Vision 4 et les journalistes concernés disposent du droit de contester les décisions prises à leur encontre, tout comme le CNC dispose du droit d’exercer les recours prévus par la loi.

Elle insiste également sur le respect des droits de la défense et du procès équitable, estimant qu’une sanction administrative ne doit pas se transformer en « justice expéditive ».

Au-delà de Vision 4, la question de l’emploi

Le syndicat élargit enfin le débat aux conditions de travail dans le secteur des médias. Pour le SNJC, derrière la suspension d’un média se trouvent des travailleurs et leurs familles. Il appelle donc à prendre en compte les conséquences sociales des sanctions frappant les entreprises de presse.

Mais l’organisation syndicale renvoie également les promoteurs de médias à leurs responsabilités. La liberté éditoriale, soutient-elle, ne doit pas servir à justifier des pratiques managériales susceptibles de maintenir les travailleurs dans une situation de précarité. Le SNJC demande par ailleurs l’application effective de la Convention collective des journalistes et professionnels des médias, qu’il présente comme une condition nécessaire à l’indépendance et à la professionnalisation du secteur.

« Le journalisme, pas le règlement de comptes »

En conclusion, le syndicat appelle le CNC à exercer sa mission dans le respect de la proportionnalité, de l’équité et de la responsabilité individuelle. Il demande aux promoteurs de médias de garantir de bonnes conditions de travail et aux journalistes de respecter leurs obligations déontologiques.

Au gouvernement, le SNJC demande de respecter « l’autonomie fonctionnelle des mécanismes de régulation » et d’éviter que les médias ne deviennent des instruments de rapports de force institutionnels ou politiques. « Le SNJC défend le journalisme, pas le règlement de comptes », affirme Hilaire Hamakoué, avant de résumer la position du syndicat en deux mots : responsabilité et liberté.

Pour le syndicat, l’enjeu dépasse donc le seul cas de Vision 4. Il concerne à la fois les limites de la régulation des médias, l’indépendance du journalisme, l’autorité des institutions et la protection des travailleurs du secteur.

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