L’avocate, qui a plaidé devant le Conseil constitutionnel en 2018 aux côtés de Maurice Kamto et en 2025 avec Me Akere Muna, estime que les décisions rendues sous la présidence de Clément Atangana soulèvent de sérieuses interrogations sur l’impartialité de l’institution.

Le décès de Clément Atangana ne met pas fin aux interrogations sur son passage à la tête du Conseil constitutionnel. Dans une réaction consacrée à la disparition de l’ancien président de cette institution, Me Michelle Ndoki revient sur les contentieux électoraux de 2018 et 2025 et porte un regard particulièrement critique sur son bilan.

« J’ai plaidé devant le Conseil constitutionnel aux côtés de Prof. Maurice Kamto en 2018 et de Me Akere Muna en 2025 », rappelle l’avocate. À ses yeux, la juridiction constitutionnelle avait pour responsabilité d’examiner les recours « en toute indépendance », y compris lorsque les intérêts du chef de l’État étaient concernés.

2018 et 2025, deux scrutins au cœur des critiques

Me Michelle Ndoki reproche au Conseil constitutionnel, sous la présidence de Clément Atangana, d’avoir validé les victoires contestées de Paul Biya à l’issue des présidentielles de 2018 et de 2025. Elle évoque également le rejet du recours dirigé contre la candidature de Paul Biya en 2025.

L’avocate revient par ailleurs sur une séquence vidéo montrant, selon elle, Clément Atangana célébrant la victoire de Paul Biya. Une scène qu’elle considère comme susceptible de nourrir des interrogations sur l’impartialité attendue du président d’une juridiction appelée à trancher les litiges électoraux.

Pour l’avocate, l’enjeu ne réside toutefois pas dans l’obligation pour une partie de remporter son procès. « Les avocats ne vont pas au tribunal en pensant qu’ils doivent forcément gagner », écrit-elle. Ils attendent en revanche que « leurs éléments de preuve soient examinés à leur juste valeur ».

Dans son expérience devant le Conseil constitutionnel, Me Ndoki dit retenir surtout un mot : « irrecevable », qu’elle estime avoir été opposé à des éléments de preuve qui, selon elle, ne servaient pas les intérêts de l’élite au pouvoir.

Quel héritage pour le Conseil constitutionnel ?

Au-delà de l’homme, Me Michelle Ndoki estime que l’héritage de Clément Atangana doit être évalué à l’aune des responsabilités qu’il assumait à la tête du Conseil constitutionnel. Elle pose ainsi une question centrale sur le rôle joué par cette institution durant sa présidence : « Le Conseil, sous sa présidence, a-t-il offert aux Camerounais un moyen efficace de contester le pouvoir présidentiel, ou a-t-il protégé ce pouvoir de tout contrôle ? »

Une interrogation qui renvoie au fonctionnement du contentieux électoral au Cameroun et à la capacité de la juridiction constitutionnelle à examiner les contestations mettant en cause le pouvoir en place.

La réaction de Me Ndoki prend une tonalité encore plus grave lorsqu’elle évoque les conséquences humaines de la crise politique camerounaise. « Aussi triste que soit la mort d’un homme, il est plus triste encore que son décès soit assombri par cette question : de nombreuses vies camerounaises auraient-elles pu être sauvées s’il avait fait son travail avec impartialité ? », écrit-elle.

Une mise en cause sévère de l’héritage institutionnel de Clément Atangana, mais que l’avocate accompagne néanmoins d’un message de condoléances à l’endroit de sa famille et de ses proches. « Quoi qu’il en soit, j’adresse mes condoléances à la famille et aux proches de Clément Atangana », conclut Me Michelle Ndoki.

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