Dans une lettre ouverte au président de la République, la créatrice et entrepreneure Diane Audrey Ngako revient sur la mort d’Ozanne Moukoko Essoe, 11 ans et 11 mois, décédée après s’être rendue à l’école le 18 septembre 2026. Sans préjuger des conclusions de l’enquête, elle appelle à faire toute la lumière sur cette affaire et à faire de la protection de l’enfance une « véritable urgence nationale ».

« Je vous écris aujourd’hui simplement comme une citoyenne camerounaise. » C’est par ces mots que Diane Audrey Ngako s’adresse au président de la République, dans une lettre ouverte consacrée à la mort d’Ozanne Moukoko Essoe. Le 18 septembre dernier, la jeune fille, âgée de 11 ans et 11 mois, s’est rendue à l’école. Elle ne devait jamais rentrer chez elle. Depuis l’annonce de son décès, les circonstances de sa mort suscitent des interrogations, tandis que sa famille réclame que toute la lumière soit faite.

Diane Audrey Ngako dit avoir été profondément marquée par cette affaire. Elle précise toutefois ne pas vouloir « devancer » l’enquête ni « accuser qui que ce soit à la place de la justice ». Son interpellation porte davantage sur les conditions dans lesquelles une société peut réagir face à la mort d’un enfant et, au-delà de cette affaire, sur la protection des mineurs au Cameroun. « Comment pouvons-nous apprendre qu’une enfant est morte après être partie à l’école et reprendre, quelques jours plus tard, le cours normal de nos vies ? », questionne-t-elle.

« Il doit bien exister des choses auxquelles une société refuse de s’habituer »

Pour Diane Audrey Ngako, l’émotion suscitée par les drames impliquant des enfants ne devrait pas s’éteindre au rythme de l’actualité. Elle s’interroge notamment sur cette capacité collective à s’indigner pendant quelques jours avant de passer à une autre actualité. « À quel moment avons-nous appris à intégrer aussi rapidement l’horreur à notre quotidien ? », écrit-elle, tout en précisant que cette interrogation s’adresse également à elle-même.

La lettre évoque aussi le cas d’un autre enfant victime de violences sexuelles, dont elle dit avoir été proche à travers son ami Émile. Une évocation qui renforce son appel à ne pas considérer les violences faites aux enfants comme des faits isolés. « La violence faite à un enfant devrait » faire partie des réalités auxquelles une société refuse de s’habituer, estime-t-elle.

Faire de la protection de l’enfance une « urgence nationale »

Dans son adresse au chef de l’État, Diane Audrey Ngako formule plusieurs attentes. Elle souhaite notamment que le Cameroun dispose de données permettant de mesurer l’ampleur des violences faites aux enfants, de mécanismes de signalement simples et accessibles, ainsi que de protocoles clairement établis dans les établissements scolaires lorsqu’un enfant se trouve en situation de danger.

Elle insiste également sur la nécessité de permettre aux enfants eux-mêmes de savoir vers qui se tourner lorsqu’ils ont peur ou lorsqu’ils sont confrontés à une situation de violence. « Je voudrais que la protection de nos enfants devienne une véritable urgence nationale », écrit-elle.

Mais la signataire de la lettre estime que la responsabilité ne saurait incomber uniquement aux pouvoirs publics. Familles, établissements scolaires, quartiers et communautés sont également interpellés.

Elle dénonce notamment les situations dans lesquelles le silence peut être privilégié pour préserver une famille, une réputation ou une institution. « Je ne veux pas que son prénom soit celui que nous avons tous prononcé pendant quelques jours »

Au-delà des circonstances précises du décès d’Ozanne, Diane Audrey Ngako redoute que son histoire finisse par être absorbée par le flot de l’actualité. « Je ne connaissais pas Ozanne, mais je n’arrive pas à la laisser partir comme on laisse partir une information », écrit-elle. Elle demande ainsi que la lumière soit faite sur les circonstances de la mort de l’enfant et que sa famille obtienne les réponses auxquelles elle a droit.

Mais son appel dépasse cette seule affaire. Il porte sur la nécessité, selon elle, de construire une société capable de protéger durablement les enfants et de ne pas laisser les familles affronter seules les conséquences de violences ou de drames les concernant. « Un enfant ne devrait jamais avoir à apprendre à se protéger seul du monde des adultes », conclut Diane Audrey Ngako.

Une interpellation qui replace ainsi l’affaire Ozanne Moukoko dans une réflexion plus large sur la protection de l’enfance, la responsabilité collective et la nécessité de ne pas laisser l’émotion disparaître avant que les questions soulevées par un drame aient reçu des réponses.

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