Maurice Kamto démissionne. Mamadou Mota lui emboîte le pas. Derrière eux, une crise de légitimité alimentée par les sorties d’Okala Ebode et le bras de fer avec le MINAT. Désormais propulsée au premier plan, Tiriane Balbine Noah doit démontrer qu’elle peut tenir une maison politique dont les deux principaux piliers viennent de partir.
Il faut reconnaître au MRC un talent particulier : même ses crises de gouvernance ont désormais une dimension scénaristique. En juin 2025, Maurice Kamto quitte le MRC pour porter sa candidature à la présidentielle sous les couleurs du MANIDEM. Sa candidature est invalidée. Quelques semaines plus tard, il quitte le MANIDEM et retrouve la direction du MRC. Départ, détour, retour. On aurait pu croire le feuilleton terminé. C’était compter sans la crise interne.
Okala Ebode, le caillou dans la chaussure
Depuis plusieurs mois, Thierry Joseph Okala Ebode conteste la régularité de plusieurs actes posés par la direction du MRC, notamment autour de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025 et du retour de Maurice Kamto à la tête du parti.
L’ancien militant a multiplié les sorties publiques, mettant en cause le respect des textes internes et la légitimité de certaines décisions. Une contestation qui aurait pu rester une querelle interne si elle n’avait fini par rencontrer un écho institutionnel. Car le MINAT est entré dans la danse.
Quand le MINAT répond à Okala Ebode
Le 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, adresse une correspondance à Okala Ebode. Le contenu est explosif : le ministère indique ne pas avoir jugé opportun de prendre acte de la convention extraordinaire du MRC du 21 décembre 2025, celle qui avait notamment consacré la reconduction de Maurice Kamto à la tête du parti.
Voilà qui donne une autre dimension à la bataille. Okala Ebode contestait. Le MINAT répond. Et sa réponse ne vient pas exactement conforter la version de la direction du MRC. La polémique devient alors beaucoup plus qu’une affaire de militants mécontents. Elle touche à la reconnaissance administrative des instances dirigeantes et à la régularité des actes du parti.
Le MRC, de son côté, conteste cette lecture et dénonce une intervention de l’administration dans ses affaires internes. Une chose est néanmoins devenue difficile à ignorer : le parti qui ambitionne de refonder la gouvernance du Cameroun doit désormais expliquer au public comment il entend régler ses propres querelles de gouvernance.

Et maintenant, Kamto et Mota dehors
C’est dans ce contexte que Maurice Kamto annonce sa démission de la présidence du MRC. Puis vient celle de Mamadou Yacouba Mota, jusque-là l’un des visages les plus importants du parti et premier vice-président. Son départ prive le MRC d’un autre cadre historique au moment même où la formation aurait eu besoin de stabilité.
Le symbole est lourd. Le président “dieu” part. Son premier lieutenant part. Et c’est une nouvelle génération qui se retrouve sommée de ramasser les morceaux. La crise de succession n’est donc plus une hypothèse. Elle est devenue le principal sujet politique du MRC.
Tiriane Noah : la révélation ou la solution par défaut ?
C’est ici qu’entre en scène Tiriane Balbine Noah. 2éme Vice-présidente du MRC, elle se retrouve désormais propulsée au premier plan après le départ de Maurice Kamto et de Mamadou Mota. Sur le papier, le choix a une certaine logique. Elle appartient à la direction du parti et connaît ses rouages. Mais la véritable question commence précisément maintenant.
Tiriane Noah a-t-elle les épaules pour diriger le MRC ? A-t-elle l’autorité politique nécessaire pour s’imposer auprès des militants historiques ? Dispose-t-elle du poids nécessaire pour arbitrer les rivalités internes ? Peut-elle parler au nom d’un parti dont le principal visage vient de quitter la présidence et dont le premier vice-président vient lui aussi de rendre son tablier ?
Et surtout, peut-elle réussir là où le MRC a jusqu’ici échoué : installer une direction qui ne soit pas constamment ramenée à Maurice Kamto ? Les prochaines semaines seront beaucoup plus révélatrices que les communiqués de circonstance. Car il ne suffit pas d’occuper le fauteuil. Il faut être capable de le remplir.
Le véritable test de la « Renaissance »
Le MRC porte depuis 2012 un nom lourd de promesses : la Renaissance du Cameroun. Mais voilà que cette renaissance doit désormais faire ses preuves sans celui qui lui a donné son visage. Le parti peut évidemment survivre à Maurice Kamto. Il peut même profiter de cette crise pour accélérer sa mutation.
Mais il devra démontrer qu’il possède autre chose qu’une fidélité à son fondateur : une organisation, une culture démocratique interne, des mécanismes de succession et une génération de responsables capables d’assumer le pouvoir.
Après le départ de 2025, le retour, la guerre avec Okala Ebode, la réponse du MINAT, la nouvelle démission de Kamto et celle de Mota, le MRC ne traverse plus une simple crise de leadership. Il passe un examen de maturité. Et Tiriane Noah en est désormais l’une des principales candidates. Pas parce qu’elle aurait déjà prouvé qu’elle peut diriger le MRC. Mais parce que l’histoire vient de lui offrir l’occasion de le démontrer.
La question n’est donc plus seulement qui remplacera Maurice Kamto ?
Elle est beaucoup plus embarrassante : Tiriane Noah peut-elle transformer le départ de deux hommes forts en naissance d’un véritable leadership collectif ? Si elle réussit, le MRC pourra enfin prétendre que sa « Renaissance » ne dépendait pas d’un seul homme.
Si elle échoue, le parti risque de découvrir que le problème n’était pas seulement de savoir qui occupait le fauteuil présidentiel. Le problème était peut-être de savoir si quelqu’un pouvait réellement s’asseoir dedans après Maurice Kamto.






















