Présentée à Douala le 5 novembre 2026, devant des présidents de partis politiques et des professionnels de la presse, cette initiative portée par Tomaino Ndam Njoya entend instaurer un cadre formalisé de coopération entre les forces politiques, la société civile et les médias. La charte prévoit notamment des règles communes d’investiture, la mutualisation des moyens électoraux et des engagements écrits pour prévenir les défections après les scrutins.
La recherche d’une stratégie commune au sein de l’opposition camerounaise prend une nouvelle forme avec le lancement du « Contrat républicain » par l’Union démocratique du Cameroun (UDC). Présentée le 5 novembre 2026 à Douala, en présence de responsables de formations politiques et de représentants de la presse, cette initiative vise à organiser la coopération entre les partis politiques, les organisations de la société civile, les médias et les personnalités indépendantes autour d’un objectif commun : promouvoir une alternance démocratique et pacifique au Cameroun par des élections libres, justes et transparentes.
Porté par le président nationale de l’UDC, Tomaino Ndam Njoya, le projet fait partie d’un constat sur les limites des précédentes tentatives de rassemblement de l’opposition. Depuis 1992, plusieurs plateformes et coalitions ont été constituées sans parvenir à instaurer une dynamique durable et suffisamment structurée pour atteindre les résultats attendus. Le document de présentation cite notamment la Coordination nationale de 1991, l’Union pour le Changement de 1992, la Coalition pour la Réconciliation nationale de 2004, le G7 de 2011, le Pacte républicain de 2012 et la Dynamique de candidature consensuelle de 2025.
Pour l’UDC, ces expériences mettent en évidence les difficultés liées à la confiance entre partenaires, au respect des engagements et à l’absence de règles préalablement définies. Le parti entend donc dépasser les alliances de circonstance en proposant une charte qui précise les conditions de participation, les responsabilités de chaque membre et les conséquences politiques des éventuels manquements.
Une coopération électorale encadrée par des engagements écrits
Le Contrat républicain repose sur un principe de mutualisation sans fusion des organisations adhérentes. Chaque parti politique, association, organisation de la société civile ou média participant conserve son identité, son histoire, ses structures et son autonomie interne. En contrepartie, les membres acceptent de respecter les dispositions de la charte ainsi que les décisions et résolutions prises dans le cadre de cette plateforme.
Sur le plan électoral, le dispositif prévoit une coordination des candidatures aux élections municipales, régionales, législatives et sénatoriales, ainsi qu’à l’élection présidentielle. Les organisations signataires sont appelées à présenter des candidatures de l’opposition dans le plus grand nombre de circonscriptions, à constituer des listes communes là où des accords auront été conclus et à promouvoir une candidature consensuelle pour la présidentielle.
La mutualisation concerne également les moyens nécessaires à la surveillance des opérations électorales. L’objectif est de permettre aux différentes organisations de mettre en commun leurs ressources et leurs capacités de mobilisation afin de mieux suivre le déroulement des scrutins.
L’un des aspects les plus particuliers de cette charte concerne les obligations imposées aux candidats investis. Chaque candidat devra signer une Convention de Mandat qui le lie au Contrat républicain avant, pendant et après l’élection. Il devra notamment prendre l’engagement écrit de ne rejoindre ni le régime ni un parti concurrent dans les 24 mois suivant le scrutin.
Cette disposition vise à prévenir les ruptures d’engagement après les élections et à protéger les accords conclus entre les formations partenaires. La charte prévoit par ailleurs des critères de sélection des candidats, des conditions d’investiture et des sanctions applicables en cas de défaillance ou de manquement dûment constaté.
Pour Tomaino Ndam Njoya, cette architecture répond à une exigence fondamentale dans la construction d’une dynamique politique commune. « Le Contrat républicain naît de cette exigence : unir sans confondre, rassembler sans absorber, ouvrir sans naïveté, et construire ensemble une dynamique nationale capable de porter le changement », affirme la présidente nationale de l’UDC.

Les responsables politiques insistent sur la nécessité de dépasser les divisions
Les échanges organisés autour de cette présentation ont permis à plusieurs responsables politiques de partager leurs expériences et leurs attentes concernant la mutualisation des forces de l’opposition.
Président par intérim du Mouvement progressiste (MP), Hilaire Nzipang a notamment évoqué les difficultés rencontrées par certaines formations politiques après leur participation à des coalitions électorales. Il estime que les expériences antérieures doivent servir de référence pour mieux encadrer les rapports entre partenaires et éviter que les accords ne fragilisent les organisations participantes.
Revenant sur les relations entre le MP et l’UDC, il a rappelé leur expérience commune dans la construction d’une première alliance politique. Pour lui, la mutualisation ne peut fonctionner sans clarification des responsabilités et sans respect des engagements de chacun.
Son intervention a également porté sur la présidentielle de 2025. Hilaire Nzipang a estimé que l’opposition camerounaise avait manqué une occasion de remporter ce scrutin en ne parvenant pas à s’accorder sur une candidature consensuelle. Il a notamment invoqué l’article 147 du Code électoral, qu’il considère comme une disposition ayant permis d’envisager cette possibilité. Il a aussi évoqué le rejet de sa candidature et les difficultés rencontrées dans la recherche d’un candidat commun.
Pour la prochaine séquence électorale, le responsable du MP a appelé les formations politiques à concentrer leurs efforts sur les élections législatives, avec l’ambition de conquérir une majorité à l’Assemblée nationale.
De son côté, Chantal Kambiwa, présidente nationale du Front camerounais, a insisté sur la nécessité de construire des stratégies communes en tenant compte des compétences et des responsabilités de chaque organisation, tout en respectant les lois qui encadrent le processus électoral au Cameroun.
Elle a particulièrement mis en avant le potentiel de mobilisation des femmes et des jeunes. « L’élection, c’est une question de nombre. Les femmes sont les plus nombreuses », a-t-elle déclaré, soulignant que les femmes responsables de formations politiques disposent d’atouts pour contribuer à la mobilisation électorale. Son intervention a également porté sur la nécessité de transformer cette capacité de mobilisation en représentation politique et en participation à la gouvernance.
La présidente nationale de l’Union des populations du Cameroun (UPC), Habiba Issa, a pour sa part défendu une approche fondée sur la complémentarité des formations politiques. Elle estime que les partis doivent identifier les circonscriptions dans lesquelles chacun dispose des meilleures capacités de mobilisation, afin d’éviter une dispersion des candidatures. « La solution aujourd’hui, c’est tous ensemble, les partis politiques, pour un but. Et notre but, c’est de récupérer les sièges de députés et de conseillers municipaux dans ce pays », a-t-elle affirmé.
La responsable de l’UPC a également présenté la plateforme « Génération de la Relève », mise en place autour de réflexions sur le rassemblement politique. Elle a indiqué que son organisation souhaitait examiner les possibilités de rapprochement avec la démarche proposée par l’UDC, dans la perspective des prochaines échéances électorales.
L’application de la charte comme principal enjeu
Au-delà des déclarations d’intention, le Contrat républicain pose la question de la capacité des organisations signataires à respecter des engagements communs dans la durée. La multiplication des coalitions et des plateformes politiques au Cameroun montre que les appels à l’unité ne suffisent pas toujours à garantir une coopération effective, particulièrement au moment de la désignation des candidats et de la répartition des circonscriptions.
En introduisant des règles écrites, des conventions individuelles de mandat et des sanctions en cas de manquement, l’UDC entend apporter une réponse institutionnelle à ces difficultés. Toutefois, la mise en œuvre de cette architecture devra notamment permettre de préciser les modalités d’arbitrage des désaccords, les mécanismes de contrôle du respect des engagements et les conditions d’application des sanctions prévues.
L’initiative s’inscrit dans le prolongement de la pensée politique du Dr Adamou Ndam Njoya, auteur de l’ouvrage Le Contrat républicain, publié aux éditions L’Harmattan en 2011. L’UDC en reprend le principe pour proposer un cadre de coopération adapté aux enjeux électoraux et à la recherche d’une commune dynamique des forces du changement.
La charte entre en vigueur dès son adoption et sa signature. Elle demeure ouverte aux partis politiques, aux organisations de la société civile, aux médias et aux personnalités indépendantes qui souhaitent y adhérer.
À l’approche des prochaines échéances électorales, notamment celles de 2027, la portée de cette initiative dépendra désormais de sa capacité à réunir effectivement les organisations annoncées autour de règles communes. Pour l’UDC, le défi ne consiste donc pas seulement à rapprocher les forces politiques, mais à faire de leurs engagements mutuels un véritable instrument de coordination électorale.
























