Invité de Cyrille Bojiko dans « Sacré Matin » sur Radio Balafon ce lundi 14 Septembre, l’universitaire et juriste Pr Aba’a Oyono revendique son statut de « transpartisan » et livre une charge sans concession contre la discipline partisane et le RDPC, tout en revenant sur les raisons de son soutien successif à Maurice Kamto puis à Issa Tchiroma Bakary dans les différentes séquences politiques qu’il a traversées. L’homme politique atypique n’a pas évoqué le Groupe de Douala. 

Le Pr Aba’a Oyono ne revendique aucune carte politique. Face à Cyrille Bojiko et son équipe dans l’émission « Sacré Matin » sur Radio Balafon, l’universitaire et juriste se définit comme un homme « au-dessus des partis politiques », revendiquant une liberté de parole qu’il refuse de soumettre aux consignes des appareils. « Je suis transpartisan, pas un partisan. Je suis au-dessus des partis politiques », affirme-t-il. Pour lui, l’adhésion à un parti ne devrait jamais signifier l’abandon de ses convictions personnelles.

La discipline partisane dans le viseur

L’universitaire s’en prend particulièrement à la notion de discipline partisane lorsqu’elle devient, selon lui, une obligation d’obéir sans discuter. « La discipline du parti veut dire : on me dit va, je vas. C’est ça la discipline du parti », ironise-t-il.

Une conception qu’il juge incompatible avec la liberté d’expression lorsqu’un militant est contraint de défendre une position contraire à ses convictions. Il qualifie même cette pratique de « villageisme juridique et politique, c’est des choses qu’on devrait évacuer, il faut arrêter avec ça. ».

À ses yeux, un parti politique devrait plutôt être capable de produire des responsables disposant d’une véritable personnalité et capables de dire non à leur propre formation. « Dans un parti politique, il faut des hommes à poigne, qui ont sur eux une personnalité, qui peuvent dire non », soutient-il. Pour Aba’a Oyono, c’est justement cette culture de l’obéissance qui contribue à maintenir le système politique camerounais dans l’immobilisme.

Une charge frontale contre le RDPC : « l’huile de la sardine est contaminée »

La critique devient beaucoup plus virulente lorsqu’il est question du parti au pouvoir. Interrogé sur la possibilité de réaliser le changement de l’intérieur du RDPC, l’universitaire balaie cette hypothèse. Il affirme se tenir « à distance raisonnable » de la formation au pouvoir, avec une formule particulièrement imagée : « l’huile de la sardine est contaminée ». Une manière de justifier son refus de se laisser enfermer dans les logiques du parti au pouvoir et de préserver, selon lui, son indépendance de parole.

Il rejette surtout l’idée que le changement puisse passer par un soutien au parti des flammes. « Ce n’est pas en supportant le RDPC », lance-t-il, avant de poursuivre sur un ton particulièrement sévère : « C’est le RDPC qui est l’entité de tous nos malheurs ». Dans son propos, le parti au pouvoir apparaît ainsi moins comme un instrument de transformation que comme l’un des principaux obstacles au changement politique qu’il appelle de ses vœux.

Aba’a Oyono, au meeting de l’opposition camerounaise à Paris, en juin 2025

De Kamto à Tchiroma, la logique du « transpartisan »

Son parcours politique revendiqué illustre cette position. L’universitaire explique avoir soutenu Maurice Kamto lorsqu’il estimait que le président du MRC incarnait une possibilité de changement. Il affirme notamment avoir contribué, dans les médias, à combattre l’image d’un MRC présenté comme un parti exclusivement bamiléké. Il rejette cette lecture communautaire, tout comme il refuse de réduire le RDPC à un parti « de Béti ».

Aba’a Oyono raconte également avoir assumé publiquement son rapprochement avec Kamto jusque dans le milieu universitaire. Il évoque notamment une soutenance de doctorat consacrée à « L’indépendance du Conseil constitutionnel », pour laquelle il affirme avoir proposé Maurice Kamto comme président du jury.

Selon son récit, cette soutenance aurait été entourée d’une forte présence sécuritaire et certains membres du jury auraient subi des pressions. Son engagement aux côtés de Kamto n’a pas pour autant débouché sur une fidélité partisane permanente. Il explique ensuite avoir apporté son soutien à Issa Tchiroma Bakary dans une autre séquence politique.

Aba’a Oyono assume cette trajectoire comme la conséquence logique de son positionnement : il ne se dit fidèle ni à un appareil ni à une étiquette, mais à ce qu’il considère comme ses convictions et la nécessité d’un changement au Cameroun.

« Ce n’est pas un parti politique qui a bâti mon autorité »

L’universitaire explique enfin que sa notoriété ne serait pas le produit d’un appareil politique. Il raconte avoir été encouragé par de jeunes collègues à investir davantage les médias, après s’être fait connaître dans les amphithéâtres et les prétoires. Ses interventions médiatiques auraient progressivement contribué à élargir son audience.

« Ce n’est pas un parti politique qui a bâti mon autorité », affirme-t-il. Une phrase qui résume son positionnement : celui d’un intellectuel qui entend mettre son influence au service de ses convictions sans accepter de se laisser enfermer dans les frontières d’un parti.

Son discours constitue ainsi une double critique. Critique de l’opposition lorsqu’elle est enfermée dans les mêmes réflexes d’appareil, mais surtout critique du RDPC, auquel il refuse de reconnaître le rôle de moteur d’une éventuelle transformation politique.

Pour Aba’a Oyono, le Cameroun ne changera pas en reproduisant les mécanismes d’obéissance et de fidélité partisane qu’il dénonce. Une position qui fait de son intervention sur Radio Balafon un véritable réquisitoire contre la logique politique du parti unique de fait qu’il associe, dans son analyse, à l’immobilisme du système.

 

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