Mbango Émilienne Mbenga, 45 ans, a été mortellement attaquée par cinq chiens alors qu’elle franchissait le portail de la résidence où elle travaillait comme femme de ménage. Au-delà du choc, le drame d’Edéa pose une question de fond : lorsqu’un animal placé sous la garde d’un particulier tue, où commence et où s’arrête la responsabilité de son propriétaire ?

Le portail d’une résidence est devenu le théâtre d’un drame qui bouleverse Edéa. Samedi 12 septembre 2026, Mbango Émilienne Mbenga, 45 ans, mère de famille et femme de ménage, a été mortellement attaquée par cinq chiens alors qu’elle entrait dans la résidence de son employeur.

Les faits se sont produits au portail de cette résidence, à Edéa, dans le département de la Sanaga-Maritime. Les informations disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’identifier avec certitude un quartier ou une rue précise.

Selon les éléments rapportés par plusieurs sources, la victime venait prendre son service lorsqu’elle a été prise à partie par les cinq chiens présents dans la propriété. Gravement mordue, elle n’a pas survécu à ses blessures. Les animaux ont ensuite été abattus.

La victime travaillait dans la résidence du professeur Stéphane Ngwanza, présenté comme vice-recteur chargé du Contrôle interne et de l’Évaluation à l’Université de Yaoundé I. Cette information est rapportée par les sources ayant documenté le drame. Les circonstances précises de l’attaque restent toutefois à établir par l’enquête.

Une tragédie qui dépasse le fait divers

La mort de Mbango Émilienne Mbenga ne pose pas seulement la question de la dangerosité des chiens. Elle interroge également les conditions dans lesquelles certains animaux sont détenus dans les propriétés privées et les précautions prises pour protéger les personnes qui doivent y entrer.

Car dans le cas d’Edéa, une donnée interpelle : la victime n’était pas une inconnue venue par effraction. Elle était, selon les informations disponibles, une employée qui se rendait sur son lieu de travail. Les enquêteurs devront donc déterminer dans quelles circonstances elle a pu se retrouver face aux cinq chiens.

Étaient-ils attachés ? Étaient-ils enfermés dans un espace sécurisé ? Le portail était-il correctement contrôlé ? La présence de la femme de ménage était-elle connue des personnes chargées de la garde des animaux ? Les chiens avaient-ils déjà manifesté un comportement agressif ? Pour l’heure, aucune réponse publique et officielle ne permet de trancher ces questions.

5 372 morsures de chiens recensées : le problème est loin d’être marginal

Le drame d’Edéa intervient dans un contexte où les morsures de chiens constituent déjà un problème de santé publique au Cameroun. Le ministère de la Santé publique a communiqué un bilan faisant état de 5 372 cas de morsures de chiens, avec 8 cas suspects de rage et 4 décès suspects de rage. Dans le Littoral, les données disponibles font état de 287 chiens mordeurs recensés en 2025.

À Douala, les autorités sanitaires avaient déjà enregistré 143 cas de morsures au premier trimestre 2026 dans les neuf districts de santé urbains de la ville. Ces statistiques ne permettent évidemment pas d’assimiler toutes les morsures à des attaques mortelles. Elles montrent néanmoins l’ampleur d’un phénomène qui reste souvent traité comme une succession de faits isolés. Au Cameroun, la rage demeure par ailleurs endémique et le chien constitue le principal vecteur de transmission de la rage humaine, selon le Centre Pasteur du Cameroun.

Quand la garde d’un animal peut devenir une question pénale

Le droit camerounais ne laisse pas totalement sans réponse la question de la responsabilité lorsqu’un comportement humain imprudent entraîne la mort d’une autre personne.

L’article 289 du Code pénal prévoit qu’est puni d’un emprisonnement de trois mois à cinq ans et d’une amende de 10 000 à 500 000 FCFA celui qui, par maladresse, négligence, imprudence ou inobservation des règlements, cause la mort d’autrui. Dans le dossier d’Edéa, cette disposition pourrait donc être examinée si l’enquête établissait l’existence d’une négligence ou d’une imprudence ayant contribué au décès.

Une responsabilité civile qui pourrait également être recherchée

La question de l’indemnisation de la famille de la victime se pose également sur le terrain civil. Le principe traditionnel de responsabilité du fait des animaux est consacré par l’article 1385 du Code civil, qui vise la responsabilité du propriétaire ou de celui qui utilise l’animal lorsque celui-ci cause un dommage alors qu’il est sous sa garde ou lorsqu’il s’est échappé. Dans le cas présent, la procédure pourrait donc comporter un volet pénal, si une infraction est établie, mais aussi un volet civil concernant les préjudices subis par les ayants droit de la victime.

La question sensible du statut du propriétaire

Le fait que le propriétaire de la résidence soit présenté comme un haut responsable universitaire donne au dossier une résonance particulière. À ce stade, rien ne permet d’affirmer publiquement qu’il a commis une faute pénale. De même, aucune information disponible ne permet d’établir qu’il se trouvait personnellement sur les lieux au moment de l’attaque ou qu’il avait connaissance d’un quelconque danger immédiat.

C’est précisément le rôle de l’enquête : établir les faits, identifier les éventuels manquements et déterminer les responsabilités. La justice devra donc regarder les faits, et non le statut social ou professionnel de la personne concernée.

L’abattage des cinq chiens a mis fin au danger immédiat. Il ne règle toutefois pas la question de fond.

Au Cameroun, les chiens de garde occupent une place croissante dans les propriétés privées, notamment dans les zones urbaines. Mais la possession d’animaux potentiellement dangereux implique aussi une obligation de prudence vis-à-vis des membres de la famille, des visiteurs, des employés, des voisins et de toute personne appelée à pénétrer dans la propriété.

L’affaire d’Edéa pose ainsi une question qui dépasse largement cette résidence : quelles règles de sécurité sont réellement appliquées par les propriétaires de chiens, et que se passe-t-il lorsqu’elles ne le sont pas ? Avec 5 372 morsures recensées dans les données communiquées par les autorités sanitaires et des centaines de cas enregistrés dans le Littoral, le phénomène mérite davantage qu’une réaction ponctuelle après chaque accident.

À Edéa, une femme de 45 ans est morte en allant travailler. Désormais, l’enjeu pour les enquêteurs sera de déterminer si cette mort relève d’un accident tragique impossible à prévenir ou si des précautions qui auraient dû être prises ont fait défaut. C’est de cette réponse que pourrait dépendre la suite judiciaire de ce dossier.

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