Le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s’est déclaré incompétent, le 17 septembre 2026, pour examiner en référé la demande de Willy Mengue et de ses deux co-demandeurs visant à faire désigner un mandataire judiciaire ad hoc au sein du MRC. Une décision qui clôt cette procédure d’urgence sans trancher le fond de la contestation sur la gouvernance du parti.

Le premier round judiciaire est terminé. Il ne signifie pas pour autant que la querelle autour du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) est close. Saisi par Willy Mengue, Georgette Laure Kamegne, dite Laure Noutchang, et Sébastien Mbala Wouria II, le Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou a rendu, jeudi 17 septembre, une ordonnance les renvoyant « à mieux se pourvoir » et déclarant la juridiction incompétente ratione materiae dans le cadre de la procédure de référé. Les demandeurs ont également été condamnés aux dépens.

Pas de décision sur le fond

Au cœur de la procédure, les trois requérants demandaient notamment la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé, selon leurs écritures, de « normaliser » le fonctionnement du MRC. Ils contestaient notamment les conditions dans lesquelles Maurice Kamto avait repris la direction du parti en décembre 2025, estimant que cette réintégration n’aurait pas respecté certaines dispositions statutaires. Leur démarche visait ainsi à faire intervenir la justice dans la gouvernance interne de la formation politique.

Mais le juge des référés n’a pas examiné ces contestations au fond. La défense du MRC soutenait précisément que la procédure d’urgence ne permettait pas au tribunal de se prononcer sur des questions impliquant l’organisation et les instances dirigeantes du parti. Le ministère public avait également conclu à l’incompétence du juge des référés, selon le compte rendu communiqué par la défense du MRC. Autrement dit, la décision du 17 septembre ne valide ni n’invalide, à elle seule, les arguments de fond de Willy Mengue sur la gouvernance du MRC. Elle ferme la voie du référé utilisée dans cette procédure.

Une procédure née d’une crise interne : L’affaire s’inscrit dans un conflit plus large au sein du MRC.

Willy Mengue avait été définitivement exclu du parti par ses instances disciplinaires. La décision, prise par le Comité national de médiation et d’arbitrage puis entérinée par le Directoire, lui reprochait notamment des actes qualifiés de « trahison », d’indiscipline et de manque de loyauté envers les instances dirigeantes.

L’intéressé contestait cette exclusion et défendait parallèlement son action judiciaire. Il soutenait que son objectif n’était pas de détruire le parti, mais de le ramener au respect de ses statuts et de la législation applicable aux formations politiques.

La procédure judiciaire a connu plusieurs renvois au cours de l’été. À l’audience du 15 septembre, les trois demandeurs étaient encore absents. Un collaborateur de leur avocat avait toutefois déposé leurs conclusions, maintenant la demande de désignation d’un mandataire ad hoc.

Le MRC annonce une nouvelle offensive judiciaire

Après l’ordonnance du 17 septembre, la défense du MRC a annoncé vouloir passer à une nouvelle étape. Selon Me Hippolyte Meli, membre du collectif d’avocats du parti, le MRC entend attendre l’expiration du délai de quinze jours suivant la signification de la décision avant d’engager une procédure de dédommagement contre Willy Mengue et ses co-demandeurs.

La défense évoque des « agissements frauduleux » ainsi que des procédures qu’elle qualifie d’« abusives et vexatoires ». Ces qualifications constituent, à ce stade, la position annoncée par les avocats du MRC et ne correspondent pas à une condamnation judiciaire des intéressés.

De l’autre côté, les requérants n’ont pas abandonné leur contestation. Laure Noutchang a indiqué que la décision ne réglait pas, selon elle, les questions relatives à la légitimité des instances nationales du MRC et à leur capacité à organiser certaines échéances du parti. Elle a annoncé la poursuite de démarches judiciaires, sans que la juridiction appelée à les examiner soit encore précisée publiquement.

Une affaire désormais au-delà du seul cas Mengue

Le dossier Willy Mengue dépasse donc désormais le sort d’un ancien militant du MRC. Il met en lumière une bataille autour des statuts, de la légitimité des instances et de l’autonomie organisationnelle d’un parti politique. Surtout, la décision d’Ekounou ne constitue pas un arbitrage judiciaire sur la gouvernance du MRC. Elle signifie que le juge des référés saisi dans cette affaire ne pouvait pas connaître de la demande présentée.

La suite dépendra donc des éventuelles nouvelles procédures engagées par les deux camps et, surtout, de la juridiction qui pourrait être appelée à examiner le fond des contestations. Le bras de fer judiciaire n’est donc pas nécessairement terminé. Il change simplement de terrain.

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