5 morts et douze blessés graves. C’est le bilan de l’explosion suivie d’un incendie survenue le 2 novembre 2026 dans les installations de Metafrique Steel, une entreprise indienne spécialisée dans la transformation de l’acier, implantée dans la zone industrielle de Bassa, à Douala. Près de six mois après un premier incendie sur le même site, ce nouveau drame relance les interrogations sur le respect des normes de sécurité dans les unités industrielles. Face à la répétition des incidents et à ce qu’il considère comme un manque de sérieux de la direction, le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, a évoqué une éventuelle fermeture de l’usine.

Le sinistre a mobilisé les équipes de secours, alors que les trois fours de l’entreprise étaient en proie aux flammes, selon les déclarations du gouverneur. Le premier bilan communiqué après l’accident faisait état de quatre décès et de seize blessés. Il a ensuite été révisé : une cinquième victime a succombé à ses blessures à l’hôpital, tandis que trois personnes initialement prises en charge ont pu regagner leur domicile. Le bilan définitif s’établit ainsi à cinq morts et douze blessés.

Cette tragédie intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2026, un premier incendie s’était déjà déclaré dans cette même usine, faisant plusieurs blessés. À la suite de cet incident, des prescriptions de sécurité auraient été adressées à l’entreprise par les autorités compétentes. La répétition d’un sinistre majeur sur le même site, quelques mois plus tard, pose désormais la question de leur mise en œuvre effective.

Le gouverneur à bout de patience : la fermeture de l’usine envisagée

Au sortir de sa visite aux victimes à l’hôpital général de Douala, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua n’a pas caché son exaspération. Pour le gouverneur, la catastrophe du 2 novembre ne peut être considérée comme un simple accident isolé, dans la mesure où un premier incendie avait déjà frappé l’entreprise quelques mois auparavant. Des prescriptions de sécurité avaient alors été formulées, mais leur respect semble aujourd’hui sérieusement remis en question.

Le représentant de l’État dans le Littoral a notamment dénoncé ce qu’il a qualifié d’« amateurisme » de la direction de Metafrique Steel. Son irritation traduit une lassitude face à la répétition des incidents et à la gravité de leurs conséquences humaines. Après un premier avertissement suivi de mesures de sécurité, voir le même site connaître un nouveau sinistre meurtrier apparaît, à ses yeux, difficilement acceptable.

C’est dans ce contexte qu’il a évoqué la possibilité de mettre fin aux activités de l’usine. La perspective d’une fermeture constitue ainsi une réponse envisagée face aux défaillances dénoncées et au risque auquel les travailleurs pourraient continuer d’être exposés. Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, de confondre cette annonce avec une décision administrative de fermeture déjà formalisée.

Au-delà de la réaction du gouverneur, la question centrale demeure celle de la responsabilité de l’entreprise. Pourquoi les mesures prescrites après le premier incendie n’ont-elles pas permis d’éviter une nouvelle catastrophe ? Les installations faisaient-elles l’objet d’un entretien régulier ? Les dispositifs de prévention et de lutte contre les incendies étaient-ils adaptés aux risques liés à la production ? Autant de points qui devront être éclaircis par les investigations.

Lors du précédent incendie, l’entreprise avait avancé l’hypothèse d’une origine extérieure du feu, tout en indiquant que les causes restaient à déterminer. Cette version, qui doit être considérée comme une déclaration de l’entreprise, ne suffit toutefois pas à écarter les questions relatives à la prévention, au confinement des risques et à la protection des travailleurs.

La sécurité des travailleurs et le contrôle de l’État en question

Au-delà du cas de Metafrique Steel, ce drame remet sur la table la question de la sécurité au travail dans les unités industrielles camerounaises. Dans les environnements où les salariés sont exposés à des fours, à des équipements lourds, à des températures élevées ou à des substances dangereuses, la prévention ne peut se limiter à des consignes générales. Elle suppose des équipements adaptés, une maintenance rigoureuse, des formations régulières et des procédures d’intervention clairement établies.

Le Code du travail camerounais encadre pourtant les obligations en matière d’hygiène et de sécurité. Son article 95 prévoit notamment des dispositions destinées à protéger les travailleurs contre les risques professionnels. L’article 108 confère par ailleurs aux inspecteurs du travail des prérogatives de contrôle des établissements, de leurs installations et des conditions dans lesquelles les salariés exercent leurs activités.

La répétition des incidents dans certaines unités industrielles soulève donc une autre interrogation : celle de l’efficacité des contrôles et du suivi des prescriptions administratives. Au-delà de leur existence sur le papier, ces mesures doivent faire l’objet de vérifications et, lorsque cela s’impose, de sanctions.

Pour Metafrique Steel, l’enquête devra établir les circonstances exactes de l’explosion, les éventuelles défaillances techniques et les responsabilités dans ce nouveau drame. La perspective de fermeture évoquée par le gouverneur devra également être clarifiée par les décisions administratives compétentes.

Cinq morts, douze blessés et deux incendies en environ six mois sur un même site : le bilan impose des réponses. Au-delà de cette entreprise indienne et de son poids dans l’activité industrielle locale, l’affaire pose une question essentielle sur l’effectivité des contrôles, le respect des normes de sécurité et la protection des travailleurs au Cameroun.

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