À Douala, le décès d’Essoe Moukoko Ozanne, 11 ans et 11 mois, élève en 5e A au collège De La Salle, fait émerger plusieurs questions sur les circonstances du drame. Un précédent décès d’élève, signalé en décembre 2025 dans le même établissement, ajoute à l’émotion et aux interrogations.
Le collège De La Salle d’Akwa est au centre des interrogations depuis le décès d’Essoe Moukoko Ozanne. La jeune fille, âgée de 11 ans et 11 mois, est décédée après son admission à l’hôpital Laquintinie, dans des circonstances qui font désormais l’objet d’une enquête.
Un précédent décès est également évoqué. En décembre 2025, René Vincent Efon, 12 ans, élève en 6e, aurait été retrouvé dans les escaliers de l’établissement après avoir été déposé par sa mère. Aucune communication officielle de l’établissement sur ce premier cas n’a, à ce stade, été retrouvée.
Deux réunions sous l’autorité de la Déléguée
La journée du lundi 21 septembre a été marquée par deux réunions sous l’autorité de Mme Eboa Tamar, Déléguée des Enseignements secondaires.
La première a réuni des parents d’élèves. Elle aurait été suspendue, plusieurs interrogations étant restées sans réponse. Une seconde rencontre a ensuite réuni des responsables de l’établissement et des cadres régionaux de l’enseignement secondaire.
Sollicitée par la presse, Mme Eboa Tamar n’a pas souhaité commenter l’affaire. Elle a indiqué que l’enquête étant désormais en cours, elle ne pouvait pas se prononcer. Le communiqué officiel du Frère Directeur est intervenu plusieurs heures après ces deux réunions.
Le récit d’une responsable de l’établissement
Devant l’assistance, une responsable de l’établissement, qui n’a pas souhaité décliner son identité, a livré le récit le plus détaillé disponible à ce stade.
Selon son témoignage, elle sortait d’une réunion lorsqu’elle a été alertée par des élèves qu’une jeune fille était tombée dans les toilettes. Elle situe cette alerte vers 16h30. Arrivée sur place, elle affirme avoir trouvé l’infirmière de l’établissement en train de pratiquer un massage cardiaque sur l’enfant, alors inconsciente. Elle indique également avoir constaté que l’élève avait bavé et uriné sur elle.
La responsable affirme ensuite avoir transporté elle-même l’enfant vers l’hôpital Laquintinie, situé à environ deux kilomètres du collège. Malgré les tentatives de réanimation, les médecins auraient constaté l’absence de signe de vie. Elle situe le constat du décès vers 16h47.
Ce témoignage apporte trois éléments précis : l’alerte donnée par des élèves, l’intervention de l’infirmière et le transport de l’enfant vers l’hôpital par une responsable de l’établissement. Mais il introduit également une contradiction majeure dans la chronologie.
Une caméra directement orientée vers les toilettes
Face aux parents, lundi matin, lors de la réunion organisée au sein de l’établissement, les responsables du collège De La Salle ont indiqué que les toilettes concernées se trouvent au rez-de-chaussée, dans un espace à découvert.
Ils ont également précisé qu’une caméra de surveillance est directement orientée vers cette zone. Dans l’urgence, les responsables de l’établissement ont par ailleurs annoncé le renforcement du dispositif de vidéosurveillance au sein du collège.
Cette précision donne une importance particulière à la question des images. Si les enregistrements existent et ont été conservés, ils pourraient contribuer à établir la chronologie des faits : passage de l’élève dans cette zone, éventuelles personnes présentes, moment de l’alerte et interventions qui ont suivi.
À ce stade, il reste toutefois à établir si les images ont été conservées dans leur intégralité, si elles couvrent effectivement la zone concernée et si elles ont été exploitées dans le cadre de l’enquête.
Une chronologie qui reste à établir
La responsable situe les faits un samedi, vers 16h30-16h47. Or, le communiqué du Frère Directeur ainsi que la lettre de la famille situent le décès au vendredi 18 septembre 2026, à Laquintinie, vers 17h. Des informations rapportées dans la presse locale indiquent par ailleurs que l’élève se serait effondrée dans la cour après être allée aux toilettes.
Ces différentes versions devront donc être confrontées aux éléments matériels de l’enquête : registres de l’établissement et de l’hôpital, témoignages, images de vidéosurveillance et chronologie des interventions.
Un communiqué qui confirme sans détailler
Daté du 21 septembre, le communiqué du Frère Directeur confirme le décès d’une élève de 5e A à l’hôpital Laquintinie et indique que les circonstances font l’objet d’une enquête menée par les autorités compétentes.
Le document ne détaille toutefois pas le déroulement des événements rapporté par la responsable de l’établissement et ne répond pas aux interrogations relatives notamment à la vidéosurveillance ou aux mesures de sécurité.
Le SNAES demande une enquête criminelle
Le Syndicat national autonome de l’enseignement secondaire (SNAES) s’est également saisi de l’affaire. Dans son communiqué, le syndicat fait état d’examens effectués à Laquintinie et évoque des traces qu’il présente comme pouvant être compatibles avec une consommation forcée de substances ou des violences sexuelles. Ces éléments n’ont toutefois pas été publiquement corroborés, à ce stade, par une source judiciaire indépendante. Le SNAES réclame une enquête criminelle afin que les circonstances du décès soient établies.
Les questions encore ouvertes
Plusieurs points restent donc à éclaircir : la date et l’heure exactes de l’alerte et de l’effondrement ; la chronologie précise entre l’intervention de l’infirmière, le transport et l’arrivée à Laquintinie ; l’heure exacte du constat de décès ; ce que montrent les éventuelles images de la caméra orientée vers les toilettes ; la conservation et l’exploitation de ces images ; les mesures de sécurité qui étaient en place avant le drame ; les mesures prises par l’établissement après le décès signalé en décembre 2025.
La famille Moukoko demande, pour sa part, une enquête indépendante, sérieuse et transparente, ainsi qu’une communication officielle de ses conclusions.
À ce stade, une chose est établie : Ozanne était entrée dans son établissement scolaire. Elle est décédée après avoir été prise en charge à Laquintinie. Les circonstances précises de ce décès restent, elles, à déterminer.





















