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Lancé le 29 octobre à Douala, le Festival international du manioc qui se tient jusqu’au 1er Novembre au Club Camtel de Bepanda, entend faire de cette culture un levier de transformation agro-industrielle, de création d’emplois et de réduction des importations. Pour sa promotrice, Yvette Banlog, l’enjeu est de mieux exploiter le potentiel économique du manioc, tout en renforçant la coopération agricole africaine et les capacités des producteurs locaux.

Le manioc peut-il devenir un moteur de l’industrialisation agricole au Cameroun ? C’est l’ambition portée par la nouvelle édition du Festival international du manioc « All Cassava », dont les activités ont démarré le jeudi 29 octobre 2026 au Club Camtel de Bépanda dans l’arrondissement de Douala 5ème, et se termineront le 1er novembre prochain. Organisé autour du thème « Transformer localement pour nourrir l’Afrique et le monde », l’événement réunit producteurs, transformateurs, institutions publiques et autres acteurs de la chaîne de valeur pour promouvoir les possibilités économiques de cette culture.

La cérémonie officielle d’ouverture est annoncée pour le vendredi 30 octobre, en présence du ministre de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER). À travers cette initiative, Yvette Banlog, promotrice du festival, veut faire évoluer la perception du manioc, encore largement associé à l’alimentation traditionnelle, vers une matière première capable d’alimenter plusieurs secteurs industriels. « Le manioc n’est plus une culture vivrière. Le manioc, c’est maintenant un levier de développement », a-t-elle affirmé lors du point de presse organisé en prélude à l’événement.

Pour la promotrice, les possibilités de valorisation de cette plante restent largement sous-exploitées au Cameroun. Au-delà de la consommation alimentaire, ses dérivés peuvent servir dans l’agroalimentaire, le textile, la papeterie et certaines industries chimiques. Elle a notamment rapporté qu’un expert intervenu lors d’une conférence avait évoqué jusqu’à 203 dérivés possibles du manioc, alors que les acteurs locaux n’en exploiteraient qu’une fraction.

Cette diversité ouvre des perspectives pour la création de petites et moyennes entreprises, la diversification des revenus agricoles et le développement de nouvelles activités de transformation. L’ambition consiste également à renforcer la substitution aux importations en produisant localement davantage de biens issus du manioc, puis à développer leur commercialisation sur les marchés extérieurs.

Mécanisation, financement et compétitivité au cœur des échanges

La concrétisation de ces perspectives dépend toutefois de la capacité des acteurs à surmonter plusieurs contraintes structurelles. La faible mécanisation des activités agricoles, la pénibilité du travail et les difficultés d’accès au financement limitent les possibilités d’accroître les volumes de production et d’améliorer la transformation.

Ces difficultés concernent notamment les femmes qui préparent artisanalement des produits tels que le miondo et le mintoumba. Pour Yvette Banlog, il est nécessaire de leur donner les moyens de réduire la pénibilité de leur travail et de tirer davantage de revenus de leurs activités.

Le programme du festival prévoit ainsi des conférences sur la mécanisation agricole, le financement des projets et l’amélioration de la qualité des produits. Les discussions doivent également porter sur les conditions d’accès aux marchés étrangers et sur les exigences auxquelles les productions locales doivent répondre pour être compétitives.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) figure parmi les sujets annoncés. L’objectif est de permettre aux producteurs et aux transformateurs de mieux appréhender les possibilités commerciales offertes par la sous-région, avant d’envisager une expansion vers d’autres marchés.

La transformation locale ne pourra cependant produire des résultats durables sans des investissements dans les équipements, le conditionnement, la conservation et la maîtrise des normes. La régularité des approvisionnements et la qualité des produits seront également déterminantes pour gagner la confiance des acheteurs.

La coopération Sud-Sud pour mobiliser la jeunesse africaine

Au-delà de la dimension économique, All Cassava entend promouvoir les échanges de compétences entre pays africains. Selon sa promotrice, des délégations d’étudiants issus de grandes écoles agricoles et technologiques du Gabon et de la République centrafricaine ont été accueillies dans le cadre de cette édition.

Cette participation vise à rapprocher les jeunes, les établissements de formation, les instituts de recherche et les collectivités territoriales autour de projets agricoles communs. Pour Yvette Banlog, il est temps que les pays africains développent davantage leurs propres solutions et renforcent les partenariats entre eux. « Il est temps qu’on change les paradigmes de développement », a-t-elle déclaré, plaidant pour une coopération Sud-Sud qui permette aux jeunes Africains de prendre une part plus importante à la transformation économique du continent.

La promotrice entend aussi combattre les préjugés qui entourent les métiers agricoles. « Il faut qu’on leur dise que l’agriculture, ce n’est pas le métier des pauvres », a-t-elle insisté, défendant une vision de l’agriculture fondée sur l’entrepreneuriat, l’innovation et la création de richesse.

Cette ambition se traduit par plusieurs activités destinées à différents publics. Le concours Miss Cassava doit distinguer une candidate porteuse d’un projet lié au manioc, avec un accompagnement annoncé pour sa réalisation. Cassava Kids vise à familiariser les enfants avec la culture de cette plante et l’agroécologie. Mom Cassava met en valeur les femmes et les savoir-faire traditionnels, tandis que Chef Cassava encourage la créativité culinaire et la présence des produits dérivés du manioc dans la restauration moderne.

Présente au point de presse, Balek Pantoine Kulaji, sous-déléguée chargée de la production et de la promotion de l’agriculture, a souligné la contribution des services publics à cette initiative. Son rôle consiste notamment à mobiliser et à accompagner les producteurs, en particulier ceux de la région du Littoral, dans la promotion et le développement de la filière.

De son côté, Marie Chantal Ondoa, épouse Emana, vice-présidente de l’Interprofession du manioc du Cameroun (IPEMAC) et présidente des producteurs de manioc du Cameroun, a insisté sur la place de cette culture dans l’économie des ménages.

« Le manioc est notre vie. Nous sommes nés dedans, nous grandissons dedans, nous vieillissons dedans », a-t-elle déclaré, rappelant que les revenus tirés de cette activité permettent notamment à des familles de financer les études de leurs enfants et petits-enfants.

La responsable souhaite que le travail des producteurs et des transformatrices soit davantage reconnu. « Nous voulons redorer les lettres du manioc », a-t-elle affirmé, appelant à mieux faire connaître les efforts nécessaires pour acheminer ce produit jusqu’à la table des consommateurs.

Sécurité alimentaire : mieux distinguer les variétés

La valorisation du manioc soulève également des questions de sécurité alimentaire. Au cours des échanges, Zeh Jean Felix, producteur de manioc à Kribi, dans la région du Sud, et coordonnateur de l’organisation des producteurs ASSEHCAM, a mis en garde contre la consommation de certaines variétés amères insuffisamment transformées.

Il a évoqué des cas de vertiges et de malaises survenus après la consommation de manioc et appelé à une meilleure distinction entre les variétés commercialisées. Certaines variétés contiennent en effet des composés cyanogènes susceptibles de provoquer des intoxications lorsque les méthodes de préparation adaptées ne sont pas respectées.

Cette question rappelle que le développement de la filière doit s’accompagner d’une meilleure information des consommateurs, d’une maîtrise des procédés de transformation et d’une vigilance accrue sur la qualité des produits mis en vente.

Zeh Jean Felix a également évoqué des vertus thérapeutiques attribuées au manioc doux consommé cru. Ces affirmations relèvent toutefois de ses propos personnels et ne constituent pas des recommandations médicales établies. La consommation crue du manioc peut comporter des risques selon la variété et ne doit pas être présentée comme un traitement contre des maladies.

Prévu sur trois jours d’activités, le festival associe expositions, présentations de produits dérivés, conférences, animations et concours. Un déjeuner gastronomique et une remise de prix aux participants sont annoncés pour la clôture, le dimanche 1er novembre.

À travers All Cassava, Yvette Banlog veut faire du manioc davantage qu’un aliment du quotidien. L’ambition est de structurer un écosystème réunissant producteurs, transformateurs, chercheurs, institutions et entrepreneurs autour d’une filière capable de générer davantage de valeur ajoutée au Cameroun et de conquérir de nouveaux marchés. Le principal défi reste désormais de traduire cette mobilisation en investissements productifs, en emplois et en débouchés commerciaux durables.

 

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