À l’occasion de la conférence-plaidoyer pour la labellisation du Kaba Ngondo, organisée le 8 octobre 2026 à Douala par l’Amicale des Femmes Deïdo (AFED), le professeur de relations internationales a plaidé pour une loi encadrant les importations de vêtements de seconde main, une meilleure promotion du patrimoine vestimentaire national et une diplomatie culturelle plus offensive.

Le Kaba Ngondo ne saurait être réduit à une simple tenue traditionnelle. Pour le professeur Jean Emmanuel Pondi, sa valorisation renvoie à des enjeux plus profonds : la protection de l’industrie textile camerounaise, l’affirmation de l’identité culturelle et la capacité des Africains à reconnaître la valeur de leurs propres créations. C’est le message défendu par l’universitaire lors de la conférence-plaidoyer consacrée à la labellisation de cette tenue emblématique des femmes sawa, organisée le 8 octobre 2026 au Krystal Palace d’Akwa, à Douala.

Invité à intervenir sur les dimensions transnationales et diplomatiques du patrimoine vestimentaire, le spécialiste des relations internationales a élargi le débat à la place occupée par les vêtements importés dans les habitudes de consommation au Cameroun. Évoquant un montant de 42,7 milliards de FCFA par an, sans que la base statistique de ce chiffre soit précisée dans l’extrait de son intervention, il a estimé que les flux de vêtements importés constituaient un sujet de préoccupation pour l’avenir du textile local.

« Il y a un problème », a-t-il insisté, estimant que cette question ne pouvait être dissociée de la défense du Kaba Ngondo. Pour lui, la promotion de cette tenue doit s’accompagner d’une réflexion sur les conditions de protection et de développement de la production vestimentaire nationale.

Une loi pour encadrer les importations de vêtements usagés

Le professeur Jean Emmanuel Pondi a formulé une proposition à destination des pouvoirs publics : l’adoption d’une loi par l’Assemblée nationale afin d’encadrer les entrées de vêtements au Cameroun et de limiter drastiquement celles qui menacent, selon lui, le textile national. « Nous suggérons qu’il y ait une loi au niveau de l’Assemblée nationale, qui mette en termes de proportions ces entrées au Cameroun », a-t-il déclaré.

Au-delà de la dimension économique, son intervention a pris une tonalité plus critique lorsqu’il a abordé la consommation de vêtements de seconde main. L’universitaire a dénoncé une dépendance vestimentaire qu’il juge révélatrice d’un problème de représentation de soi et de rapport à la production locale.

Son propos pose ainsi une question centrale : comment promouvoir une tenue patrimoniale comme le Kaba Ngondo sans agir parallèlement sur les habitudes de consommation, les débouchés des créateurs locaux et la place du textile camerounais sur son propre marché ?

Pour lui, la réponse passe également par les comportements individuels. Les vêtements traditionnels devraient, estime-t-il, trouver davantage leur place lors des cérémonies officielles, des fêtes nationales et des banquets institutionnels. Une manière de donner une visibilité concrète aux créations nationales, au-delà des discours sur la préservation du patrimoine.

« Tout ce qui vient d’Afrique » n’est pas inférieur

L’autre axe fort de son intervention concerne la perception des productions africaines. Jean Emmanuel Pondi a dénoncé un réflexe consistant à considérer les créations issues du continent comme moins prestigieuses que celles venues d’ailleurs. « Beaucoup trop d’Africains pensent que, par définition, tout ce qui vient d’Afrique, tout ce qui est inventé par les Africains […] est, par définition, mauvais », a-t-il regretté.

L’universitaire a notamment critiqué la tendance à associer le prestige intellectuel et culturel à la référence systématique aux auteurs et penseurs occidentaux, au détriment des savoirs et des expressions culturelles africaines.

Dans cette perspective, le Kaba Ngondo devient un symbole de reconquête de l’estime de soi. Sa valorisation ne dépend pas uniquement de la reconnaissance des institutions, mais aussi de la capacité des Camerounais à le porter, à le transmettre et à le considérer comme une création digne d’être présentée sur les scènes les plus prestigieuses.

Cette bataille des perceptions est déterminante pour les créateurs et les artisans qui cherchent à faire évoluer le vêtement traditionnel vers des expressions contemporaines, sans en effacer les caractéristiques culturelles.

Faire du Kaba Ngondo un ambassadeur du Cameroun à l’étranger

Jean Emmanuel Pondi a également appelé à une mobilisation des missions diplomatiques camerounaises pour donner au patrimoine vestimentaire national une visibilité internationale régulière. Il a suggéré que le ministère des Relations extérieures encourage l’organisation d’événements culturels périodiques dans les représentations diplomatiques, avec des espaces consacrés à l’exposition du Kaba Ngondo et des créations qui en sont issues.

L’universitaire a même évoqué la possibilité d’un festival annuel organisé à travers le monde. Il s’appuie notamment sur la présence croissante des communautés camerounaises sur les cinq continents, susceptibles de servir de relais à la diffusion du patrimoine national.

Pour lui, cette diaspora représente un réseau potentiel de promotion culturelle. Encore faut-il lui proposer des créations qui expriment une identité propre plutôt que de reproduire les codes des autres. « Il faut qu’on y accède avec ce que nous avons à proposer au monde. C’est là que nous serons intéressants », a-t-il affirmé. Cette approche fait du Kaba Ngondo un instrument possible de diplomatie culturelle, capable de relier les communautés camerounaises de l’étranger aux créateurs, aux artisans et aux traditions du pays.

La labellisation, prochaine étape d’un combat plus large

L’intervention de Jean Emmanuel Pondi s’inscrit dans la démarche engagée par l’Amicale des Femmes Deïdo (AFED) à travers la Fashion Week Kab’Attitude, « Back to Africa ». L’initiative vise à faire reconnaître la valeur historique, esthétique et culturelle du Kaba Ngondo, tout en recherchant des mécanismes de protection adaptés.

Le plaidoyer envisage notamment une démarche d’inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO ainsi que l’étude d’un dispositif de protection auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Ces procédures, distinctes dans leurs objectifs et leurs exigences, nécessitent de documenter l’origine du vêtement, ses caractéristiques, les savoir-faire associés et le rôle des communautés qui le font vivre.

Mais pour le professeur Jean Emmanuel Pondi, la reconnaissance institutionnelle ne saurait suffire. Elle doit s’accompagner d’une politique de valorisation économique, d’une évolution des comportements et d’une présence plus affirmée du patrimoine camerounais dans les espaces publics et internationaux. La Fashion Week Kab’Attitude, dont la suite de la programmation est annoncée du 27 au 30 octobre 2026 au Krystal Palace d’Akwa, entend prolonger cette réflexion autour des créateurs, des artisans et des acteurs culturels.

À travers le Kaba Ngondo, c’est donc une ambition plus large qui se dessine : faire du patrimoine vestimentaire un levier de reconnaissance culturelle, de débouchés économiques et de rayonnement international. Pour Jean Emmanuel Pondi, la fierté de ce que le Cameroun possède et crée constitue une condition essentielle de sa reconnaissance par les autres.

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