Réunis ce mercredi 30 Septembre à l’Enfance Joyeuse de Bonanjo, à Douala, les tradipraticiens du Littoral ont réfléchi à la structuration de leur secteur et à leur meilleure intégration dans le système de santé. Cette assemblée générale, désormais mensuelle, intervient après la célébration de la 24ᵉ Journée africaine de la médecine traditionnelle, tenue le lundi 31 août 2026 à Douala. Au cœur des échanges : le bilan de cette célébration, le recensement des praticiens, le référencement des patients et la collaboration avec les acteurs de la santé mentale.

Les acteurs de la médecine traditionnelle du Littoral veulent davantage s’inscrire dans une dynamique de collaboration avec le système de santé conventionnel. Réunis hier à l’Enfance Joyeuse de Bonanjo, à Douala, pour leur assemblée générale qui se tiendra désormais tous les derniers mercredis du mois, ils ont notamment échangé sur les perspectives de leur profession, quelques semaines après la célébration, le 31 août dernier, de la Journée africaine de la médecine traditionnelle.

La rencontre s’est tenue en présence de représentants du ministère de la Santé publique et du ministère des Arts et de la Culture, dans un contexte marqué par la volonté de mieux organiser les praticiens et de créer des passerelles avec les structures de santé.

Recenser pour mieux intégrer

Pour le Dr Nana, président régional des tradipraticiens du Littoral, cette assemblée générale avait d’abord pour objectif de réunir les professionnels du secteur afin de réfléchir à son avenir. « C’est la capacité à regrouper tous les acteurs professionnels de la médecine traditionnelle de la région du Littoral », explique-t-il, évoquant également la nécessité de réfléchir aux perspectives après la Journée africaine de la médecine traditionnelle.

L’un des principaux chantiers porte sur l’identification des praticiens. Accompagnés par les autorités sanitaires, notamment la Délégation régionale de la Santé publique, les tradipraticiens veulent désormais mieux structurer leur fonctionnement. « Ce modèle de fonctionnement recommande justement que chaque acteur soit connu. Et pour être connu, il faut passer par un recensement », souligne le Dr Nana.

Ce recensement doit permettre d’identifier les différents acteurs, leurs domaines de compétence et leur localisation, mais aussi de mieux comprendre leur articulation avec les formations sanitaires.

Mbebi Felix, point focal santé mentale regional du Littoral, face aux tradipraticiens à Douala le Mercredi 30 Septembre 2026

Santé mentale : les tradipraticiens du Littoral appelés à jouer leur rôle dans le référencement des patients

Cette volonté de rapprochement trouve une application particulière dans le domaine de la santé mentale. M. Mbebi Felix, doctorant et point focal santé mentale à la Délégation régionale de la Santé publique du Littoral, souligne la place déjà occupée par les tradipraticiens dans le parcours de nombreux patients. « Le tradipraticien, dans notre contexte, est souvent le premier lieu de consultation. C’est la première ligne où beaucoup de patients vont », explique-t-il.

Cette proximité avec les communautés constitue, selon lui, un point d’appui pour la prévention et surtout pour le référencement des patients. Certains cas nécessitant une prise en charge spécialisée pourraient ainsi être orientés vers les professionnels de la médecine conventionnelle.

Le responsable santé mentale relève toutefois une difficulté : certains troubles sont parfois interprétés prioritairement sous un angle spirituel. « Beaucoup donnent l’origine de la maladie du côté spirituel et, de temps en temps, ils ont un plus de patients qui se perdent après », observe-t-il. D’où la nécessité, selon lui, de mieux connaître les acteurs présents sur le terrain. « Il va falloir qu’on ait la cartographie des acteurs de la santé mentale et voir qui fait quoi », indique M. Mbebi Felix.

L’objectif n’est cependant pas d’opposer médecine conventionnelle et médecine traditionnelle. Pour le responsable, la prise en charge doit plutôt s’inscrire dans une logique communautaire et complémentaire. « On est à l’ère de la médecine avec l’implication communautaire », rappelle-t-il. Dans cette logique, le tradipraticien peut constituer un premier niveau de contact, avant une orientation vers la médecine conventionnelle lorsque la situation l’exige.

« Seuls, on ne peut rien »

Cette logique de complémentarité est également défendue par le Dr Jacoro Bikok, dentiste et psychiatre. Pour lui, la rencontre marque une évolution dans les relations entre les deux univers médicaux. « Le partenariat reste et demeure la chose la plus facile pour l’intégration de la médecine à long terme », estime-t-il. Le praticien considère que les deux approches doivent pouvoir travailler ensemble, notamment à travers un système organisé de référencement. « On ne va plus ressentir la médecine moderne ou la médecine traditionnelle. On sera tous dans la médecine », affirme-t-il.

Concrètement, cette collaboration devrait permettre d’orienter les patients dans les deux sens, selon leurs besoins. « Un patient quittera soit de la médecine moderne pour la médecine traditionnelle, soit de la médecine traditionnelle pour la médecine moderne », explique le Dr Jacoro Bikok. Cette démarche suppose toutefois de connaître précisément les compétences disponibles. Le partenariat avec le point focal de la santé mentale doit notamment permettre d’identifier les praticiens capables d’intervenir dans différents domaines.

Dr Jacoro Bikok. Tradipraticien, membre du bureau régional du Littoral

Une loi à mettre en application

Au-delà du référencement, les tradipraticiens souhaitent également une meilleure reconnaissance de leur activité dans le cadre légal existant. Le Dr Jacoro Bikok estime que plusieurs praticiens restent encore insuffisamment identifiés. « Les gens travaillent, mais ils sont encore cachés dans l’ombre », affirme-t-il. Pour lui, le principal enjeu réside désormais dans la mise en application effective du cadre légal encadrant la médecine traditionnelle. « Dans notre travail, il nous manque juste la mise en application », soutient-il.

Le recensement engagé par les praticiens doit justement contribuer à cette structuration. Il s’agit, selon lui, de pouvoir identifier les collègues, leurs compétences et leurs domaines d’intervention afin de faciliter l’orientation des patients. « Nous-mêmes, avant qu’il ne vienne avec moi, on est en train de recenser nos camarades, nos collègues pour qu’on puisse envoyer les patients d’un coin à un autre pour obtenir la solution finale », explique-t-il.

Vers une cartographie des compétences

À travers ces différentes interventions, un même enjeu se dégage : mieux connaître les acteurs de la médecine traditionnelle pour permettre une collaboration plus structurée avec le système de santé. Pour les responsables présents, le recensement et la cartographie des compétences constituent donc des étapes préalables au développement d’un véritable mécanisme de référencement.

Dans le domaine de la santé mentale notamment, l’objectif est de pouvoir identifier les praticiens et de savoir dans quelles situations une orientation vers la médecine conventionnelle est nécessaire. Cette démarche repose moins sur une opposition entre les deux pratiques que sur une recherche de complémentarité. « Seuls, on ne peut rien, mais en partenariat, on peut aller très loin », résume le Dr Jacoro Bikok.

L’assemblée générale de Bonanjo aura ainsi permis de poser les bases d’un dialogue plus structuré entre tradipraticiens et acteurs du système de santé, avec le recensement des professionnels, la cartographie des compétences et le référencement des patients comme principaux chantiers

 

https://cameroonpress.com/wp-content/uploads/2025/03/WhatsApp-Image-2022-06-02-at-17.31.04.jpeg

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici