À travers une circulaire de 24 pages publiée ce 12 octobre 2026, le président de la République fixe les grandes orientations du budget de l’État pour l’exercice 2027. Le document donne la priorité à l’achèvement des chantiers en cours, à la maîtrise des dépenses publiques et aux projets à fort impact socio-économique.
Le Cameroun prépare son budget 2027 sous le signe de la discipline budgétaire et de l’efficacité de la dépense publique. Signée le 12 octobre 2026 à Yaoundé, la circulaire présidentielle relative à la préparation du prochain exercice budgétaire fixe les orientations que devront appliquer le Premier ministre, les membres du gouvernement et les gouverneurs de région.
L’objectif affiché est de faire du budget de l’État un véritable instrument d’impact socio-économique, dans un contexte marqué par les incertitudes internationales et les contraintes internes de financement. Le document s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), avec une attention particulière portée à la sélection des investissements, à la maîtrise des charges publiques et à l’utilisation des ressources au profit des populations.
Les investissements sous contrôle
La principale inflexion concerne la gestion des projets publics. Face à l’accumulation des engagements et aux difficultés d’achèvement de certains chantiers, la circulaire donne la priorité aux opérations déjà engagées.
Pour les administrations disposant d’un stock important d’engagements, le démarrage de nouveaux projets est proscrit en 2027. Les ressources devront d’abord servir à achever les opérations en cours. Les enveloppes budgétaires seront par ailleurs encadrées par les autorisations d’engagement (AE) et les crédits de paiement (CP) notifiés par le Premier ministre.
Cette orientation vise à limiter la dispersion des crédits entre de multiples projets, au risque de prolonger les délais d’exécution et de réduire les retombées des investissements publics.
Les nouveaux projets ne seront pas systématiquement exclus. Leur inscription au budget devra toutefois respecter des conditions strictes : conformité aux règles de maturation prévues par le décret du 17 juin 2025, inscription dans le Programme d’investissement prioritaire du gouvernement et obtention d’un visa de maturité.
Les décaissements attendus des financements extérieurs devront également correspondre au cadre budgétaire à moyen terme et tenir compte des capacités réelles d’absorption des administrations. Les engagements liés aux partenariats public-privé et aux missions de service public devront, eux aussi, être correctement documentés et budgétisés.
L’énergie, les transports et la production au premier plan
Les orientations présidentielles retiennent huit priorités gouvernementales. Le renforcement de l’offre énergétique et le rétablissement de l’équilibre financier du secteur de l’électricité figurent parmi les principaux chantiers. Le développement des infrastructures de transport doit également se poursuivre.
Le gouvernement entend accélérer le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique sur la période 2027-2029. La construction d’une usine d’engrais, dans le cadre du Programme d’impulsion initiale, complète cette ambition de renforcement de la production nationale.
L’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes, la cohésion sociale, la décentralisation et la consolidation des entreprises publiques stratégiques figurent également parmi les priorités. La poursuite des réformes de la gestion des finances publiques doit, de son côté, contribuer à améliorer l’efficacité de l’action de l’État.
Une croissance résiliente, mais des contraintes persistantes
Cette programmation intervient dans un environnement économique incertain. La circulaire évoque notamment les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les politiques protectionnistes et les chocs climatiques.
Sur le plan national, la croissance du PIB réel camerounais est estimée à 3,5 % en 2025, portée notamment par les activités non pétrolières, en progression de 4 %. À l’inverse, le secteur pétrolier poursuit son recul, avec une contraction estimée à 15,4 %, liée au déclin naturel des gisements. L’inflation, évaluée à 3,4 %, reste supérieure au seuil communautaire de 3 %.
Dans ce contexte, l’amélioration de la dépense publique constitue un enjeu majeur. L’accumulation de projets inachevés, les retards d’exécution et les difficultés de mobilisation des ressources peuvent réduire les effets attendus des investissements sur l’activité économique.
Pour les entreprises, une meilleure exécution des projets pourrait soutenir les marchés publics, la demande de matériaux et de services ainsi que l’activité des sous-traitants. Ces retombées dépendront toutefois des crédits effectivement décaissés et de la capacité des administrations à respecter leurs engagements.
Les collectivités territoriales et le social davantage encadrés
La circulaire insiste également sur l’autonomie financière des collectivités territoriales décentralisées (CTD), conformément à la loi du 23 décembre 2024 relative à la fiscalité locale. Les ressources fiscales destinées aux communes et aux régions devront être effectivement mises à leur disposition.
Le gouvernement prévoit par ailleurs de renforcer les projets à haute intensité de main-d’œuvre, l’accès aux soins, les infrastructures scolaires de proximité, la formation professionnelle, les logements sociaux et l’approvisionnement en eau potable en milieu rural. La lutte contre l’insécurité alimentaire et le paludisme figure également parmi les actions à poursuivre.
La jeunesse et l’égalité entre les femmes et les hommes devront être davantage prises en compte dans la programmation budgétaire. Les administrations sont appelées à identifier les dépenses et les initiatives consacrées à ces objectifs. La dimension climatique devra, elle aussi, être intégrée au marquage des dépenses de fonctionnement et d’investissement, notamment pour faciliter l’accès aux financements verts.
La masse salariale et les charges de fonctionnement sous surveillance
La rigueur annoncée concerne enfin les dépenses courantes. La circulaire prescrit le paiement régulier des salaires, la réduction de la dette salariale et la constitution de provisions pour les pensions, en tenant compte de la liquidation des droits à la retraite.
Les contributions aux organisations internationales, les frais de justice et les dépenses de loyers devront également faire l’objet d’une rationalisation ou d’un plafonnement.
En demandant une application rigoureuse de ses directives, Paul Biya place ainsi les administrations devant une exigence centrale : mieux hiérarchiser les dépenses et transformer les crédits publics en réalisations concrètes. Pour 2027, la priorité ne sera donc pas seulement de financer de nouveaux projets, mais aussi de démontrer la capacité de l’État à achever ceux qu’il a déjà engagés.























