Le financement des petites et moyennes entreprises s’est invité au cœur de la clôture de la première édition du Diamond Capital Convention (DCC). Invité surprise de cette dernière journée, le président du GECAM, Célestin Tawamba, a livré devant les participants son regard de chef d’entreprise sur les difficultés persistantes d’accès au capital au Cameroun.

Face aux questions de Paola Audrey, le patron d’entreprise a notamment reconnu que les PME du secteur réel restent encore largement dépendantes du financement bancaire classique. Le recours au marché financier demeure, selon lui, marginal pour ces entreprises, notamment en raison de procédures jugées complexes, des exigences documentaires et d’une culture encore limitée du financement par le marché.

« Les banques ne financent que les garanties »

Célestin Tawamba a particulièrement insisté sur la relation entre les banques et les PME. Pour lui, le principal obstacle réside dans une approche du risque qui privilégie les garanties apportées par l’entreprise plutôt que la qualité intrinsèque du projet. « Les banques ne financent que le riche. Elles ne financent pas le pauvre. Elles financent les garanties. Elles ne financent pas les projets », a-t-il déclaré.

Une partie de son analyse trouve un écho dans les observations du Fonds monétaire international (FMI) sur le système financier camerounais. Dans son rapport consacré à la consultation de 2026, l’institution relève que la part du crédit au secteur privé dans les actifs bancaires a diminué, tandis que les avoirs des banques en titres publics ont fortement progressé, atteignant 32 % de leurs actifs en juin 2025, contre 9,5 % en 2015. Le FMI souligne également que le crédit privé reste largement dominé par des prêts de court terme et coûteux accordés aux grandes entreprises, ce qui limite l’accès des PME et des ménages au financement.

Cette évolution donne une résonance particulière au propos du président du GECAM. Dans son raisonnement, une banque peut être tentée de privilégier les titres publics, considérés comme moins risqués, plutôt que de financer une PME disposant de peu de garanties.

Le marché financier encore peu accessible aux PME

Pour Tawamba, l’autre difficulté se situe dans l’accès au marché financier. Les PME doivent notamment composer avec des exigences de structuration, de documentation et de transparence qui peuvent constituer des barrières importantes pour des entreprises encore peu familiarisées avec ces instruments.

Pourtant, le développement du marché des capitaux figurait précisément parmi les enjeux du Diamond Capital Convention, organisé du 23 au 25 septembre à Douala par Almasi Capital. Le programme de l’événement était articulé autour du financement de l’économie réelle, du capital et de la croissance des entreprises, puis de la régulation et de la confiance.

Le ministère des Finances a lui-même placé cette question au centre de l’ouverture du DCC. Le ministre Louis Paul Motazé a appelé  dans son discours, à renforcer la capacité du marché financier à mobiliser davantage de capitaux en faveur des entreprises, des infrastructures et des projets de transformation économique. L’objectif affiché est notamment de rapprocher davantage les ressources disponibles des besoins de financement de l’économie réelle.

Célestin Tawamba et Ingrid Obouh Fegue, se dirigeant vers la grande salle du Diamond Capital Convention 2026, le 25 Septembre 2026.

La BEAC appelée à favoriser le crédit aux PME

Dans ce contexte, Célestin Tawamba plaide pour des mécanismes capables d’inciter davantage les banques à prendre le risque de financer les PME. Il évoque notamment la nécessité, au niveau de la BEAC, d’un outil permettant d’offrir des conditions de financement adaptées aux établissements qui accompagnent les entreprises considérées comme plus risquées.

Cette problématique dépasse d’ailleurs le seul secteur bancaire. Le FMI recommande également au Cameroun de poursuivre le développement des mécanismes de garantie, des registres de crédit et des instruments de financement alternatifs afin d’améliorer l’accès au financement et d’en réduire le coût pour les entreprises.

Les entrepreneurs aussi interpellés

Le président du GECAM ne dédouane toutefois pas les PME. Il estime que les entrepreneurs ont également une responsabilité dans la construction de la confiance avec les établissements financiers.

Discipline fiscale, respect des engagements, utilisation conforme des crédits et rigueur dans la gestion sont, selon lui, indispensables. Un entrepreneur qui détourne l’objet d’un crédit ou accumule des impayés contribue, à ses yeux, à dégrader la perception du risque pour l’ensemble des PME. Le Cameroun dispose par ailleurs déjà de certains mécanismes fiscaux destinés aux PME. Le Code général des impôts prévoit notamment un taux d’impôt sur les sociétés de 25 % pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur ou égal à trois milliards de FCFA.

Mais pour Célestin Tawamba, l’enjeu dépasse la seule fiscalité : il s’agit désormais de créer un véritable écosystème dans lequel le projet, sa viabilité et sa capacité à créer de la valeur puissent peser davantage dans la décision de financement, aux côtés des garanties traditionnelles.

À la clôture du DCC, cette question est ainsi apparue comme l’un des enjeux majeurs de la transformation du marché financier camerounais et, plus largement, de la capacité de la finance à répondre aux besoins de l’économie réelle.

https://cameroonpress.com/wp-content/uploads/2025/03/WhatsApp-Image-2022-06-02-at-17.31.04.jpeg

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici