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Au deuxième jour du premier Congrès national de BPW Cameroun, à l’hôtel Sawa de Douala, le témoignage de Crystal Williams, suivi des interventions du Dr Mballe Serge Christel psychothérapeute, et de Me Sara Aurélie Bitanga, a mis en lumière les multiples facettes des violences faites aux femmes. Entre violences psychologiques, précarité économique, difficultés d’accès à la justice et nécessité d’un accompagnement institutionnel, les échanges ont rappelé que l’autonomie financière ne constitue pas, à elle seule, un bouclier contre les violences conjugales.

Les violences faites aux femmes ne commencent pas toujours par des coups. Elles peuvent s’installer progressivement, à travers des insultes, des menaces, des pressions psychologiques et des comportements qui finissent par transformer le quotidien en source permanente d’angoisse. C’est l’une des principales leçons ressorties du panel consacré à cette problématique lors du deuxième jour du premier Congrès national de Business and Professional Women (BPW) Cameroun, organisé à l’hôtel Sawa de Douala.

La séquence a notamment été marquée par le témoignage de Crystal Williams sur un drame survenu à New York. Elle a évoqué le cas d’une jeune femme abattue par son conjoint alors qu’elle tenait son bébé de huit mois dans ses bras. La mère n’a pas survécu, mais l’enfant a été sauvé. Selon son récit, le drame serait survenu après que la jeune femme a refusé de reprendre son compagnon. Un témoignage poignant qui a rappelé la gravité des violences conjugales et l’urgence d’agir avant que les situations de violence ne conduisent à l’irréparable.

Ce témoignage particulièrement éprouvant a donné une dimension concrète aux discussions. Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, il a conduit les participants à s’interroger sur les mécanismes des violences conjugales, les signes annonciateurs, les moyens de protection et les responsabilités collectives face à un phénomène qui continue de menacer la vie et la sécurité des femmes.

Reconnaître les violences avant les coups

À la suite de ce témoignage, le Dr Mballe Serge Christel et des psychothérapeutes ont apporté un éclairage sur les dimensions psychologiques des violences conjugales. Les échanges ont notamment insisté sur la nécessité de ne pas attendre une agression physique pour reconnaître qu’une relation est devenue dangereuse.

Les insultes répétées, les menaces, les intimidations visant la victime ou ses proches et l’installation progressive d’un sentiment de peur constituent des signaux d’alerte. Les comportements qui fragilisent psychologiquement une femme, la déstabilisent ou l’amènent à vivre dans l’appréhension méritent également une attention particulière.

L’un des enjeux est précisément de sortir d’une conception restrictive de la violence, souvent réduite aux coups et aux blessures visibles. Les violences psychologiques peuvent précéder les agressions physiques, les accompagner ou exister indépendamment de celles-ci. Leur caractère parfois moins perceptible ne diminue ni leur gravité ni leurs conséquences sur la victime.

Les discussions ont également mis l’accent sur la sécurité affective dans le couple. S’engager dans une relation durable suppose de pouvoir se sentir en confiance auprès de son partenaire, sans vivre sous la menace ou dans la peur. Lorsque cette sécurité disparaît, il devient nécessaire d’identifier les comportements en cause et de rechercher une aide appropriée.

Le panel

Me Sara Aurélie Bitanga : la précarité peut enfermer les victimes

L’intervention de Me Sara Aurélie Bitanga, avocate, a déplacé le débat vers une dimension économique et judiciaire essentielle. Pour la professionnelle du droit, la précarité financière figure parmi les facteurs susceptibles d’aggraver la vulnérabilité des femmes confrontées aux violences au sein du foyer.

Une femme dépourvue de ressources suffisantes peut éprouver des difficultés à quitter son conjoint, à trouver un logement, à subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants ou à engager les démarches nécessaires pour se protéger. Même lorsqu’elle décide de porter l’affaire devant la justice, le manque de moyens peut compliquer ses déplacements et le suivi de la procédure.

Cette réalité pose la question de l’accompagnement institutionnel. Les victimes ne peuvent pas toujours assumer seules les coûts matériels et les contraintes pratiques liés à leur protection. L’accès aux structures compétentes, aux services juridiques et aux dispositifs de soutien constitue donc un enjeu déterminant.

Mais l’avocate a également mis en garde contre une lecture qui ferait de la précarité la seule explication des violences conjugales.

Une femme financièrement autonome n’est pas nécessairement à l’abri des violences. C’est l’un des points essentiels de son intervention. Les femmes professionnellement établies, disposant de revenus ou d’une situation économique stable, peuvent elles aussi être victimes. La capacité à subvenir à ses besoins ne garantit ni la sécurité dans le couple ni la possibilité de sortir immédiatement d’une relation violente.

En invitant l’assistance à réfléchir aux profils des victimes de féminicides, Me Sara Aurélie Bitanga a ainsi appelé à dépasser les explications simplistes pour mieux comprendre les causes du phénomène et identifier des réponses préventives adaptées.

Plus de 75 féminicides évoqués : la nécessité de données vérifiables

Au cours de son intervention, l’avocate a évoqué un nombre de plus de 75 cas de féminicides au Cameroun. Cette référence a servi de point d’appui à son appel à examiner les réalités vécues par les victimes, au-delà de leur statut social ou de leur situation financière.

Ce chiffre doit toutefois être rapporté à sa source et à sa période de référence avant de pouvoir être présenté comme une statistique nationale établie. Il rappelle néanmoins l’importance de disposer de données fiables et régulièrement actualisées pour mesurer l’ampleur des violences létales, mieux connaître les circonstances dans lesquelles elles surviennent et orienter les politiques de prévention.

La question soulevée est fondamentale : les victimes disposent-elles toutes des moyens financiers nécessaires pour se mettre à l’abri, engager une procédure et bénéficier d’un accompagnement durable ? Et, surtout, les femmes qui ont ces moyens sont-elles pour autant protégées contre les comportements violents de leur partenaire ?

Ces interrogations montrent que la prévention ne peut se limiter à l’autonomisation économique, même si celle-ci demeure un levier important. Elle doit aussi prendre en compte les mécanismes psychologiques, les rapports de pouvoir au sein du couple, les menaces, l’isolement et les difficultés rencontrées pour obtenir une protection effective.

L’accompagnement psychologique et judiciaire au cœur des réponses

Les interventions des professionnels ont également mis en évidence l’importance d’un accompagnement adapté aux besoins des victimes. Sur le plan psychologique, il peut s’agir de les aider à reconnaître les comportements violents, à comprendre ce qu’elles traversent et à retrouver des repères pour prendre des décisions concernant leur sécurité.

Sur le plan judiciaire, l’accès à une information claire, à des conseils juridiques et aux procédures de protection disponibles peut contribuer à réduire les obstacles auxquels elles sont confrontées. Pour les femmes dont les ressources sont limitées, l’existence de mécanismes de soutien accessibles représente un enjeu supplémentaire.

L’intervention de Me Sara Aurélie Bitanga a ainsi replacé les institutions face à une responsabilité importante : éviter que le manque de moyens ne prive les victimes de la possibilité de faire valoir leurs droits. L’accompagnement doit tenir compte des réalités matérielles, sans oublier les contraintes psychologiques et familiales qui peuvent rendre une rupture particulièrement difficile.

La prévention implique également une meilleure sensibilisation de l’entourage. Les violences ne doivent pas être banalisées au motif qu’elles relèvent de la vie privée du couple. Les insultes, les menaces et les comportements qui installent la peur doivent être pris au sérieux, tandis que les victimes doivent pouvoir demander de l’aide sans être culpabilisées.

Du témoignage à la prise de conscience collective.

Le message central de cette séquence est clair : l’autonomie financière peut renforcer la capacité d’une femme à se protéger, mais elle ne suffit pas à garantir sa sécurité. La lutte contre les violences conjugales exige également de reconnaître les premiers signes, de prendre les menaces au sérieux et de construire des mécanismes d’accompagnement capables de répondre aux besoins des victimes, quelle que soit leur situation sociale.

À l’hôtel Sawa de Douala, BPW Cameroun a ainsi ouvert un espace de réflexion sur une réalité qui dépasse les catégories économiques et professionnelles. Car face aux violences faites aux femmes, la prévention ne peut reposer uniquement sur la capacité individuelle des victimes à s’en sortir : elle suppose aussi une société capable de les écouter, de les protéger et de leur donner accès aux moyens nécessaires pour faire valoir leurs droits.

 

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