À quelques semaines de l’examen du projet de Loi de finances 2027, le patronat camerounais veut que le dialogue avec l’administration fiscale débouche enfin sur des mesures capables de desserrer la pression sur les entreprises. Célestin Tawamba reconnaît que le GECAM est consulté, mais estime que ses propositions restent encore insuffisamment prises en compte.
Le dialogue entre le secteur privé et l’administration fiscale camerounaise n’est pas nouveau. Mais à l’approche de la Loi de finances 2027, une question revient avec insistance : que deviennent réellement les propositions du patronat une fois les consultations terminées ? C’est sur ce terrain que Célestin Tawamba a livré un témoignage particulièrement direct lors de la première édition de la Diamond Capital Convention, organisée du 23 au 25 septembre 2026 à Douala.
Le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) ne nie pas que l’administration fiscale consulte les entreprises. Il reconnaît même que les échanges existent. Mais il estime que le véritable problème se situe au niveau de la traduction des propositions dans les décisions finales. « Ils vous écoutent, mais ils n’arrivent pas finalement à prendre en compte la pleine mesure de ces demandes », déplore-t-il.
Cette déclaration intervient dans un contexte où la Direction générale des Impôts a précisément engagé, le 25 août dernier à Douala, des consultations avec le secteur privé pour préparer l’avant-projet de Loi de finances 2027. Le directeur général des Impôts, Roger Meyong Abath, avait alors indiqué que ces concertations devaient contribuer à mieux faire comprendre la fiscalité et à améliorer la relation avec les contribuables.
Un dialogue qui existe, mais dont l’issue interroge
« On se frappe sans pouvoir évidemment », lance-t-il dans cet échange, avant de préciser que le patronat formule régulièrement des propositions sur les textes fiscaux. Pour Tawamba, le problème n’est donc pas l’absence de concertation. Le président du GECAM estime cependant que les arbitrages finaux réduisent souvent la portée des recommandations formulées par les entreprises. « À la fin, ils finissent par faire toujours ce qu’ils veulent », affirme-t-il.
Une déclaration qui doit être replacée dans un débat plus ancien. En août 2024, le GECAM avait déjà remis à la DGI 50 propositions de réforme pour la Loi de finances 2025. À cette occasion, les deux parties avaient convenu de travailler vers une « fiscalité de développement » plutôt qu’une fiscalité qualifiée par le patronat « d’embuscade ». Deux ans plus tard, la question de l’efficacité de cette concertation reste donc au cœur des préoccupations patronales.

Des mesures jugées trop faibles
Tawamba prend notamment l’exemple des mesures fiscales destinées à encourager certaines entreprises à accéder au marché financier. Selon lui, les mécanismes proposés restent insuffisants au regard des contraintes auxquelles sont confrontées les entreprises. « Nous avions proposé des mesures plus puissantes que celles-là », affirme-t-il.
Il cite notamment la baisse envisagée du taux d’imposition pour les entreprises qui accèdent à la Bourse, ainsi que la réduction du minimum d’acompte. Pour le président du GECAM, ces ajustements ne permettent pas, à eux seuls, de transformer suffisamment l’environnement fiscal. « Ce n’est pas ça. Ce n’est pas suffisant. Il y a eu un train de mesures qu’on a proposées. »
Cette position rejoint les analyses du GECAM sur la Loi de finances 2026. Le patronat y appelle notamment à une réforme globale et concertée du Code général des impôts, à davantage de stabilité fiscale et à une réduction de la pression fiscale et parafiscale pesant sur le secteur formel.
Le patronat veut des mesures qui touchent le réel
Pour Celestin Tawamba, l’efficacité d’une mesure fiscale ne se mesure pas à son existence sur le papier, mais à son impact sur une entreprise effectivement confrontée à une baisse d’activité. Il revient ainsi sur la période du Covid-19 pour illustrer son propos. « Lorsque il y a eu le Covid, il n’y avait quasiment pas de revenus. Il n’y avait rien, des visiteurs dans les hôtels. À l’État très vite, on nous a dit : il n’y a pas de taxes sur la taxe d’hébergement. Mais il n’y a personne. »
Pour lui, supprimer une taxe sur une activité qui n’enregistre quasiment plus de revenus ne constitue pas nécessairement un véritable soutien. Même logique, selon lui, pour certaines mesures concernant l’agriculture. « On vous dit : voilà, les secteurs de l’agriculture, on annule l’impôt. Mais d’abord l’agriculture, il n’y avait rien. Il n’y a rien. On vous demande donc plutôt les problèmes qu’on pose. » Le patron des patrons estime ainsi que le dialogue fiscal doit davantage partir des difficultés concrètes des entreprises que de mesures générales dont l’effet économique peut être limité.
Le rendez-vous de 2027
Le prochain projet de Loi de finances apparaît dès lors comme un nouveau test pour la relation entre le GECAM et la DGI. La DGI affirme de son côté vouloir améliorer la relation avec les contribuables et moderniser l’administration fiscale.
Le patronat, lui, demande désormais que la concertation dépasse le stade du dialogue institutionnel. Pour Célestin Tawamba, l’enjeu n’est pas de demander aux entreprises de ne plus payer d’impôts. Il est de faire en sorte que la fiscalité accompagne réellement leur capacité à produire, investir et grandir. En clair, le GECAM ne demande plus seulement à être reçu. Il veut mesurer, dans les textes fiscaux, la trace concrète de ses propositions
























