Au Salon de la Nutrition, le Dr Patrick Ngou, pédiatre et enseignant assistant à la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’Université de Dschang, a appelé à repenser les habitudes alimentaires transmises aux enfants. Au-delà du contenu des assiettes, il interroge les méthodes de préparation, les contraintes économiques et le poids des traditions dans la construction de la santé.
La transmission des habitudes alimentaires commence bien avant que l’enfant soit en mesure de choisir lui-même ce qu’il mange. À la maison, les recettes familiales, les méthodes de cuisson et les aliments privilégiés deviennent progressivement des repères qui influencent ses préférences. Mais ces pratiques, héritées de génération en génération, méritent-elles toutes d’être conservées sans examen ?
C’est l’une des questions soulevées par le Dr Patrick Ngou lors de sa présentation au Salon de la Nutrition, autour du thème « Ce que tu manges enfant programme ta santé ». Le pédiatre invite à regarder autrement les pratiques culinaires quotidiennes, en examinant leur impact sur la qualité nutritionnelle des repas servis aux enfants.
Quand les recettes héritées interrogent
La préparation de la sauce tomate, la cuisson des aliments ou les associations de produits illustrent les habitudes que les familles reproduisent souvent sans s’interroger sur leurs effets nutritionnels. À travers ces exemples, le spécialiste encourage une meilleure compréhension des aliments et des méthodes de préparation.
L’enjeu n’est pas de rejeter les traditions culinaires camerounaises, riches en produits et en recettes variés. Il s’agit plutôt de distinguer la valeur culturelle d’un plat de sa composition nutritionnelle et de la manière dont il est préparé. Un repas familier peut rester au menu tout en faisant l’objet d’ajustements pour mieux répondre aux besoins de l’enfant.
Cette démarche suppose également de dépasser les recommandations générales. Conseiller davantage de légumes, de protéines ou de produits diversifiés n’aura qu’une portée limitée si les familles ne disposent pas des moyens nécessaires ou si les conseils ignorent leurs pratiques culturelles et religieuses.
Le pouvoir d’achat, un obstacle à l’équilibre alimentaire
Derrière les choix alimentaires se trouve aussi une réalité sociale : toutes les familles ne peuvent pas composer leurs repas selon les mêmes possibilités. Le budget quotidien, l’accès aux produits et les conditions de vie influencent directement ce qui arrive dans l’assiette des enfants.
Pour les professionnels de la nutrition, cette contrainte impose d’adapter les recommandations aux ressources disponibles. La sensibilisation ne peut se limiter à désigner les bonnes et les mauvaises pratiques ; elle doit proposer des solutions réalistes, accessibles et compatibles avec les habitudes locales.
Le défi est d’autant plus important que les déséquilibres nutritionnels ne se manifestent pas toujours immédiatement. Une alimentation qui apporte suffisamment de calories ne garantit pas nécessairement un apport adéquat en vitamines, en minéraux et en autres nutriments indispensables à la croissance.
Prévenir plutôt que corriger
L’alimentation de l’enfant contribue à la construction de ses préférences et au développement de son organisme. Les premières années constituent ainsi une période importante pour installer des habitudes favorables à la santé, sans pour autant considérer que tout le parcours sanitaire futur est déterminé par les repas de l’enfance.
Le message porté par le Dr Patrick Ngou appelle donc à une responsabilité partagée entre parents, professionnels de santé et acteurs de la prévention. Il invite à faire évoluer les pratiques sans culpabiliser les familles, en tenant compte de leurs moyens, de leurs connaissances et de leur environnement.
Au Cameroun, l’enjeu est moins d’opposer traditions et nutrition moderne que de mieux articuler les deux. Car améliorer l’alimentation des enfants commence aussi par une question simple : comment préserver les habitudes culinaires qui font partie de l’identité des familles tout en les adaptant aux exigences de la santé ?






















