Dans une charge particulièrement sévère contre le président du PCRN, Mimi Mefo News transforme plusieurs choix politiques de Cabral Libii en soupçons de connivence. Mais à y regarder de près, ces affirmations des Pro-Tchiroma apparaissent davantage comme des interprétations de partisans frustrés, que comme des faits établis.

Cabral Libii est-il devenu coupable simplement parce qu’il ne partage pas la stratégie politique de certains de ses adversaires ? C’est, en substance, la question que soulève la récente publication de Mimi Mefo News, qui a défendu bec et ongle, Issa Tchiroma Bakary, et avant lui, Maurice Kamto lors de la dernière présidentielle au Cameroun. Le média revient sur le positionnement du président du PCRN après la présidentielle de 2025, ses félicitations à Paul Biya, son attitude face à la contestation d’Issa Tchiroma Bakary et l’épisode controversé des procès-verbaux de 2018.

Mais derrière le ton accusateur sans fondements sérieux, une question mérite d’être posée : où s’arrêtent les faits et où commencent les procès d’intention qui n’est pas une première sur la scène politique camerounaise contre Cabral Libii ?

Féliciter Biya : désormais un acte de « trahison » ?

Pour MMI News, les félicitations de Cabral Libii à Paul Biya après la présidentielle de 2025 seraient révélatrices d’un abandon de la dynamique d’alternance. Un raccourci de frustré qui mérite d’être sérieusement questionné.

Depuis quand le fait de féliciter un adversaire politique constitue-t-il automatiquement un ralliement à sa politique ? Et surtout, où Cabral Libii aurait-il déclaré avoir abandonné son combat politique ou renoncé à l’alternance ?

On peut désapprouver son choix. On peut même considérer qu’il s’agit d’une erreur politique. Mais transformer une formule de félicitations en preuve de renoncement à l’opposition relève d’une lecture politique, pas d’un fait démontré.

La victoire de Tchiroma : une vérité à géométrie variable ?

Autre point particulièrement révélateur : MMI News parle de la victoire d’Issa Tchiroma Bakary comme d’un acquis, évoquant les revendications de plusieurs observateurs et organismes.

Mais dans une affaire électorale aussi sensible, les mots ont leur importance.

Une revendication n’est pas nécessairement un résultat. Une estimation n’est pas une proclamation officielle. Et une analyse politique ne remplace pas la confrontation des procès-verbaux.

Si des organisations disposent de preuves établissant que Tchiroma a effectivement obtenu la majorité des suffrages, qu’elles les produisent et que le débat porte sur les chiffres.

Le journalisme ne consiste pas à transformer une thèse politique en vérité simplement parce qu’elle correspond à son propre récit, ou parce qu’elle contribue à régler ses comptes avec la partie qu’on ne défend pas.

Les PV de Cabral Libii ne sont pas la propriété du camp Tchiroma. 

MMI News reproche également à Cabral Libii de ne pas avoir mis ses procès-verbaux à la disposition du camp Tchiroma.

La question est légitime. Mais l’accusation qui en découle l’est beaucoup moins.

Cabral Libii avait constitué son propre dispositif électoral. Il disposait de ses propres représentants et de ses propres documents. Le fait de ne pas remettre ces pièces à un autre candidat peut être politiquement critiquable, mais il ne constitue pas, en lui-même, la preuve d’une complicité avec le pouvoir. Surtout que le camp de Tchiroma avait passé plus de temps à détruire la Campagne de Cabral Libii au profit de Tchiroma, qu’à déployer des équipes sur le terrain comme le PCRN.

Il faudrait donc éviter de franchir trop vite le fossé entre « il n’a pas fait ce que nous attendions de lui » et « il joue pour le camp adverse ».

Les 11 000 PV de 2018 : une controverse, pas une condamnation

Le dossier des 11 000 procès-verbaux constitue le principal élément utilisé pour fragiliser la parole de Cabral Libii.

Le président du PCRN affirme avoir transmis ces documents à Olivier Bibou Nissack en 2018. MMI News lui oppose le démenti attribué à l’épouse de ce dernier.

Très bien.

Mais depuis quand un démenti suffit-il à clôturer une controverse documentaire ?

Si l’objectif est réellement de rétablir la vérité historique, il faut aller au-delà des déclarations contradictoires. Où sont les traces de transmission ? Où sont les documents ? Qui les a réceptionnés ? Existe-t-il une correspondance ou un inventaire permettant de confirmer ou d’infirmer cette remise?

En l’état, il y a deux versions. Pas une vérité définitivement établie contre Cabral Libii.

Une mémoire politique qui semble parfois sélective

MMI News rappelle également que Cabral Libii avait déclaré en 2018 qu’un candidat de l’opposition avait remporté la présidentielle, sans révéler son identité. Cette déclaration est aujourd’hui utilisée pour alimenter le procès qui lui est fait.

Mais elle peut aussi être interprétée autrement : Cabral Libii reconnaissait alors l’existence d’une possibilité de victoire de l’opposition, tout en refusant de s’engager dans une stratégie de revendication (à risque) qu’il ne jugeait pas suffisamment solide.

Ce choix peut être contesté. Mais contestable ne signifie pas forcément suspect. Cabral Libii doit-il obligatoirement suivre le scénario des autres ? C’est finalement là que le raisonnement de MMI News semble atteindre ses limites.

Parce que Cabral Libii ne s’est pas rangé derrière certaines stratégies de l’opposition, faudrait-il en conclure qu’il a cessé d’être un opposant ? Parce qu’il a félicité Paul Biya, faudrait-il en déduire qu’il a renoncé à l’alternance ? Parce qu’il n’a pas remis ses PV au camp Tchiroma, faudrait-il supposer qu’il protège le pouvoir ?

À ce rythme, tout désaccord stratégique devient une preuve de trahison.

Or, l’opposition camerounaise n’est pas un parti unique. Elle est traversée par des courants, des stratégies et des ambitions différentes. Cabral Libii a le droit de faire ses propres choix, tout comme ses adversaires ont le droit de les critiquer.

Quand l’accusation va plus vite que la preuve

Le problème de cette charge contre Cabral Libii n’est donc pas qu’elle pose des questions. Ces questions sont légitimes. Le problème est qu’elle semble parfois apporter les réponses avant même d’avoir établi les faits qui devraient les justifier.

L’expression « à quel jeu joue réellement Cabral Libii ? » est particulièrement lourde. Elle suggère l’existence d’une stratégie cachée. Mais une accusation aussi grave nécessite des éléments autrement plus solides que des interprétations de déclarations, des choix politiques contestés ou des versions contradictoires.

Cabral Libii peut avoir tort. Il peut avoir fait de mauvais choix. Il peut même avoir commis de graves erreurs politiques. Mais le journalisme de faits ne devrait pas confondre erreur politique et preuve de collusion.

Au fond, le véritable enjeu n’est peut-être pas seulement de savoir « à quel jeu joue Cabral Libii ». Il est aussi de savoir jusqu’où peut aller un média dans une cabale (peut-être commandée), contre un adversaire politique avant que l’analyse ne se transforme en procès à charge.

Cette question, MMI News devra elle aussi accepter qu’on la lui pose.

Billy Kolla

 

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