Avec 20 hectares de terres mobilisées, une coopérative de 24 membres et des projets de transformation agroalimentaire, les Fermiers de Djoum entendent faire du manioc un levier de création de valeur, d’emplois et d’accès aux marchés régionaux. Un atelier organisé le 8 octobre 2026 a permis de mettre en lumière les opportunités de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), mais aussi les contraintes qui freinent encore le développement de cette activité.
À Djoum, dans le département du Dja-et-Lobo, la filière manioc cherche à dépasser le stade de la production agricole pour s’inscrire dans une véritable logique entrepreneuriale. Portée majoritairement par des femmes, la coopérative Les Fermiers de Djoum ambitionne de structurer ses activités autour de la transformation, de la diversification des produits et de la conquête de nouveaux débouchés commerciaux, notamment sur le marché africain.
Cette ambition était au cœur de l’atelier de renforcement des capacités consacré à la filière manioc et aux opportunités de la ZLECAf, organisé le jeudi 8 octobre 2026 à la mairie de Djoum. Soutenue par la commune et accompagnée par le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), l’initiative vise à renforcer les capacités des productrices et à préparer leur activité à des perspectives de développement plus larges.
20 hectares pour structurer une activité économique
Créée en 2024, la coopérative Les Fermiers de Djoum rassemble 24 membres, majoritairement des femmes. Elle dispose de 17 hectares exploités en propre, auxquels s’ajoutent trois hectares mis à disposition par le projet FREEDOM, soit une superficie totale annoncée de 20 hectares.
La production repose notamment sur les variétés de manioc TME 419 et TME 8034, présentées comme des variétés à haut rendement. Selon les données communiquées par la coopérative, le rendement est estimé à 20 tonnes par hectare. Si cette performance est atteinte sur l’ensemble des superficies, le potentiel théorique pourrait avoisiner 400 tonnes par cycle de production. Ce volume reste toutefois une projection, qui dépendra notamment des conditions culturales, des rendements effectivement obtenus et de la régularité des récoltes.
Au-delà des superficies cultivées, l’enjeu consiste désormais à transformer ce potentiel agricole en activité économiquement viable. Cela suppose une meilleure planification de la production, une maîtrise des coûts, une organisation des approvisionnements et l’identification de débouchés capables d’absorber les volumes disponibles.

La transformation, principal levier de création de valeur
Pour accroître les revenus tirés de la culture du manioc, la coopérative envisage de diversifier son offre. Tapioca, farine, amidon, bâtons de manioc et chips figurent parmi les produits ciblés. Le projet prévoit également la valorisation des résidus à travers la production de charbon écologique.
Cette orientation répond à un enjeu central de l’économie agricole : réduire la dépendance à la vente des produits bruts en développant des activités de transformation génératrices de valeur ajoutée. La transformation peut permettre d’élargir les débouchés, de prolonger la durée de conservation de certains produits et de créer des emplois au-delà des seules opérations de culture et de récolte.
Mais le passage à l’échelle industrielle nécessite des investissements. L’acquisition d’équipements adaptés, l’accès à l’énergie, le respect des normes sanitaires, le conditionnement et la conservation des produits constituent autant de conditions à réunir pour assurer la qualité et la compétitivité de l’offre.
Sous la coordination de Mme Ze Patricia, le projet entend ainsi faire évoluer la coopérative vers une organisation capable d’intégrer progressivement les différentes étapes de la chaîne de valeur, de la production à la transformation, jusqu’à la commercialisation.
ZLECAf : des débouchés régionaux à préparer
L’ouverture du marché africain constitue une perspective importante pour cette initiative. Située dans le Sud du Cameroun, à proximité des frontières du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale, Djoum bénéficie d’une position géographique qui peut favoriser les échanges avec les pays voisins.
Toutefois, la proximité des marchés ne garantit pas, à elle seule, l’accès aux débouchés régionaux. La commercialisation au-delà des frontières suppose de proposer des produits conformes aux exigences des acheteurs, de disposer de volumes réguliers, de maîtriser les coûts logistiques et de satisfaire aux règles applicables aux échanges commerciaux.
L’atelier a notamment permis de rappeler l’importance de la qualité, de l’organisation des entreprises et de la capacité à répondre à la demande. Pour le MINPMEESA, représenté par sa délégation départementale du Dja-et-Lobo, l’accompagnement des coopératives, leur formalisation et la promotion de l’entrepreneuriat féminin constituent des axes de soutien à cette dynamique.
Pour les Fermiers de Djoum, l’enjeu sera donc de convertir les opportunités offertes par la ZLECAf en contrats commerciaux et en débouchés effectifs. Cela nécessitera de rapprocher les productrices des transformateurs, distributeurs et acheteurs susceptibles de sécuriser les ventes.
Le financement et la logistique, des défis à lever
Malgré les perspectives affichées, plusieurs contraintes pèsent encore sur le développement de la filière. La coopérative cite notamment les difficultés d’accès aux parcelles, le manque d’équipements agricoles, le coût de la main-d’œuvre, les problèmes de transport et de stockage, ainsi que les besoins de financement.
Ces obstacles peuvent affecter simultanément les volumes produits, les coûts de revient et la capacité à honorer des commandes. Ils soulignent la nécessité d’un accompagnement qui ne se limite pas à la formation, mais englobe également l’accès aux équipements, aux financements adaptés et aux infrastructures nécessaires à la commercialisation.
La coopérative sollicite ainsi l’appui des partenaires techniques et financiers, des institutions de microfinance, des organisations internationales, des transformateurs et des distributeurs. L’objectif est de consolider les différents maillons de la chaîne de valeur et de créer les conditions d’une activité durable.
L’entrepreneuriat féminin au cœur de la dynamique locale
À Djoum, le développement de la filière manioc porte également un enjeu d’inclusion économique. Avec une coopérative majoritairement féminine, le projet cherche à renforcer la place des femmes dans la production agricole, la transformation et les circuits commerciaux.
La consolidation de cette activité pourrait contribuer à diversifier les sources de revenus, à créer des emplois locaux et à renforcer les capacités entrepreneuriales des membres. Les retombées dépendront néanmoins de la capacité de la coopérative à dégager des marges suffisantes, à sécuriser ses approvisionnements et à accéder durablement aux marchés.
Le défi est désormais de passer d’un potentiel agricole à un modèle économique structuré, capable de financer ses investissements et de soutenir sa croissance. Pour Djoum, la filière manioc représente ainsi une piste de développement local dont la portée dépendra autant de la production que de la transformation, du financement et de l’accès effectif aux marchés africains.
























