Crises, révélations, affaires judiciaires, tensions au sommet de l’État : dans une adresse aux Camerounais par vidéo podcastée, Cabral Libii appelle Paul Biya à activer la fonction de vice-président créée par la réforme constitutionnelle. Pour l’opposant, cette fonction doit permettre au chef de l’État de mieux assumer la lourde charge présidentielle et de contenir les tensions liées à la succession.
Cabral Libii veut remettre la fonction de vice-président au cœur du débat politique camerounais. Dans une adresse aux « chers compatriotes », le président du PCRN dresse un tableau particulièrement préoccupant de la situation du pays et interpelle directement Paul Biya.
Son intervention s’ouvre sur les victimes des violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ainsi que sur les féminicides. Il présente ces drames comme autant de situations exigeant des réponses fermes des pouvoirs publics et appelle à des sanctions exemplaires contre les auteurs. Mais le propos se déplace rapidement vers les turbulences qui, selon lui, secouent le Cameroun depuis plusieurs mois.
Révélations, affaires et « guerres larvées »
Cabral Libii évoque une succession de « révélations, accusations et dénonciations », notamment sur les réseaux sociaux. Selon lui, certaines de ces informations seraient présentées comme provenant de services de sécurité ou de la haute administration.
L’opposant avance l’hypothèse que certaines fuites pourraient être organisées pour exposer des adversaires et les livrer à la vindicte populaire. Il cite notamment plusieurs affaires ayant marqué l’opinion : l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, le décès du père Olabebé et celui de l’ancien ministre Gabriel Dodo Ndoke.
Sur ces dossiers, Cabral Libii estime que la gravité des allégations impose des enquêtes sérieuses afin que la justice puisse établir les responsabilités. Il évoque également les condamnations financières internationales auxquelles le Cameroun est confronté dans différents contentieux, y voyant les conséquences de ce qu’il qualifie d’« inconséquence » et d’« irresponsabilité » de certains dirigeants.
C’est dans ce contexte qu’il pose une question directement au chef de l’ : Paul Biya est-il désormais débordé par l’ampleur de la charge présidentielle ?

Le vice-président comme « assistant » du chef de l’État
Pour étayer son appel, Cabral Libii développe une lecture juridique de la fonction de vice-président issue de la réforme constitutionnelle. Selon son interprétation, le vice-président ne serait pas un cotitulaire de l’exécutif, mais un auxiliaire constitutionnel chargé d’assister le président de la République. Il s’appuie notamment sur l’article 10 de la Constitution, qui prévoit que le président nomme le vice-président, fixe ses attributions et peut mettre fin à ses fonctions.
Cabral Libii insiste également sur le mécanisme de délégation de pouvoirs. Le vice-président pourrait ainsi recevoir du chef de l’État certaines missions précises : représentation lors de cérémonies, conduite de négociations ou encore présidence de certaines instances, dans le cadre d’une délégation expresse. Dans cette lecture, le vice-président ne disposerait donc pas d’un pouvoir présidentiel autonome. Il exercerait des prérogatives dérivées et encadrées par le chef de l’État.
« Loyauté, fidélité, discrétion »
Pour Cabral Libii, cette architecture constitutionnelle implique surtout un critère : la confiance. Le choix du vice-président, estime-t-il, ne devrait pas être déterminé prioritairement par les équilibres régionaux ou par des considérations technocratiques, mais par la loyauté, la fidélité, la discrétion et l’expérience dans la gestion de l’État.
L’opposant estime que Paul Biya, après plusieurs décennies à la tête du Cameroun, doit pouvoir identifier une personnalité répondant à ces exigences. Il aborde également la question de l’âge du président, aujourd’hui âgé de 94 ans, qu’il présente comme un facteur rendant plus difficile l’exercice permanent de l’ensemble des responsabilités attachées à la fonction présidentielle.
Il relie cette situation aux missions constitutionnelles du chef de l’État, notamment celles prévues à l’article 8 concernant l’indépendance, l’intégrité du territoire et le respect des traités.
« Monsieur le Président, nommez un vice-président »
Le message de Cabral Libii est finalement direct : Paul Biya doit nommer son vice-président. « Monsieur le Président de la République, nommez un vice-président », insiste-t-il.
L’opposant demande parallèlement au chef de l’État de se saisir du dossier de certains PCA et DG qu’il accuse d’être « hors la loi » et, pour certains, d’avoir « lamentablement échoué ». Au-delà de la question administrative, Cabral Libii inscrit sa proposition dans une problématique plus large : celle de la succession au sommet de l’État.
Selon lui, la nomination d’un vice-président pourrait contribuer à réduire les tensions et les luttes de positionnement qui, affirme-t-il, fragilisent progressivement le pays. « Cette assistance redonnera du souffle à l’État et surtout elle fera cesser les guerres larvées de succession », soutient-il.
Une demande qui place désormais la fonction de vice-président au centre d’un débat politique et institutionnel : qui sera choisi, selon quels critères et avec quelles missions ?
























