Ndoumbé le Morguier n’était pas un homme ordinaire ; il était devenu un personnage à part entière de l’imaginaire collectif camerounais. C’est lui qui a incarné, et en quelque sorte popularisé, le métier de thanatopracteur au Cameroun.

Ndoumbé Dibobé, de son vrai nom, était né d’un père originaire de Dschang et d’une mère douala. Il se distinguait autant par sa profession que par son apparence : ses longues dreadlocks, qu’il considérait comme les racines profondes de l’Afrique, et auxquelles il associait l’image du lion, symbole de force et de domination.

Dans les rues de Douala, on le reconnaissait de loin : dreadlocks, regard perçant, grosse moto. On l’appelait simplement « la star Ndoumbé le Morguier ». Grand admirateur de Bob Marley, il se voyait comme son successeur africain, affirmant même l’avoir rencontré un jour au Gabon. Ndoumbé aimait la vie sans retenue : l’alcool, le cannabis, les femmes. Il assumait tout, sans détour.

C’est à l’hôpital Laquintinie de Douala qu’il a bâti sa réputation, durant vingt-sept années de service, dont dix-sept comme thanatopracteur. Autour de lui, les rumeurs prenaient vite des allures de récits fantastiques. Jamais vérifiées, souvent contradictoires, mais rarement remises en question. Elles faisaient de lui un homme mystique, presque craint des morts eux-mêmes.

On racontait qu’il jouait aux cartes ou au ludo avec les cadavres une fois la nuit tombée. Qu’il maltraitait certains corps récalcitrants pour « les ramener à l’ordre ». Son nom fut même cité dans des affaires de trafic d’organes humains. Les histoires les plus macabres circulaient, alimentant sa légende.

Provocateur, Ndoumbé allait parfois jusqu’à menacer certaines femmes qui le repoussaient, leur lançant des paroles qui choquaient profondément. Il reconnaîtra plus tard avoir mené une vie de débauche, sans fard ni excuses.

Un épisode restera gravé dans les mémoires de Douala : à la suite d’un différend avec la propriétaire d’un restaurant, Ndoumbé débarqua dans l’établissement avec un pied humain fraîchement amputé. La panique fut totale. Clients et employés prirent la fuite, le lieu ferma, et la propriétaire quitta la ville pour s’installer à Yaoundé.

Ndoumbé le Morguier dans une rue de Douala

Dans son travail, Ndoumbé affrontait l’insoutenable sans protection particulière, sans gangs, sans masque. Il travaillait là où d’autres refusaient d’intervenir : corps en décomposition avancée, situations extrêmes. Il assumait aussi ouvertement sa consommation de cannabis, affirmant avoir reçu une autorisation spéciale lors du crash de Youpwè en 1995.

Au fil des années, il forma et inspira plusieurs générations de morguiers. Son nom devint même un terme générique pour désigner les croque-morts au Cameroun. Mais la légende s’effrite avec le temps. Contraint à une retraite anticipée pour raisons de santé, Ndoumbé quitta la morgue de Laquintinie et sombra dans le dénuement. Victime d’un AVC, partiellement paralysé, il multiplia les appels à l’aide, réclamant sa pension de retraite.

C’est alors qu’un tournant s’opéra. Ndoumbé se convertit, donna sa vie à Dieu et déclara être né de nouveau. Il coupa ses dreadlocks, symbole de son ancienne identité, et se fit désormais appeler « Ndoumbé de Jésus ».

Affaibli par le diabète, amputé de plusieurs orteils, son état de santé se dégrada jusqu’à son décès, survenu le mardi 6 juillet 2021. Aujourd’hui, Ndoumbé le Morguier demeure une figure à la frontière du réel et du mythe. Un homme qui a marqué son époque, entre fascination, peur et incompréhension.

Quels souvenirs gardez-vous de lui ? Quelles légendes avez-vous entendues à son sujet ?

Arol Ketch

 

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