Réunis à Douala le 25 août 2026 autour du Directeur général des Impôts, les opérateurs économiques de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat ont exposé leurs principales préoccupations en vue de la préparation de la Loi de finances 2027. Sur les 24 propositions formulées par la CCIMA, cinq revendications se sont particulièrement distinguées.
L’avant projet de la Loi de finances 2027 aura donné lieu à un nouvel exercice de concertation entre l’administration fiscale et le secteur privé. À Douala, le 25 août dernier, le Directeur général des Impôts, Dr Meyong Abath Roger, a échangé avec les opérateurs économiques réunis au sein de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat (CCIMA). Au cœur des discussions : les difficultés fiscales auxquelles sont confrontées les entreprises et les ajustements souhaités par le secteur privé pour améliorer la prévisibilité et la sécurité du système fiscal camerounais.
À travers un document comprenant 24 propositions, la CCIMA a ainsi soumis à l’administration fiscale une série de mesures destinées à alléger certaines contraintes de conformité, sécuriser les transactions et préserver la trésorerie des entreprises. L’organisation n’a pas limité ses revendications à une demande de baisse de la pression fiscale. Elle a surtout plaidé pour une fiscalité plus lisible, plus proportionnée et mieux adaptée aux réalités des entreprises. « Notre ambition doit être commune : une fiscalité qui sécurise les recettes de l’État tout en préservant la compétitivité et l’avenir de nos entreprises », a indiqué le président de la CCIMA, Christophe Eken.
Le FEC, première source d’inquiétude
Parmi les sujets ayant retenu l’attention figure le Fichier des Écritures Comptables (FEC). La CCIMA estime que l’application immédiate des sanctions liées au défaut de présentation du fichier dans le format exigé pourrait fragiliser certaines PME encore confrontées à des difficultés techniques.
La Chambre a ainsi proposé une période transitoire de 12 à 18 mois, assortie d’un accompagnement de l’administration fiscale, avant l’application complète des sanctions. Pour les opérateurs économiques, cette phase d’adaptation permettrait de distinguer les difficultés liées à la mise en conformité d’une véritable volonté de fraude.

Éviter le cumul excessif des sanctions
Autre préoccupation exprimée devant le DG des Impôts : le cumul des sanctions en cas de défaut de déclaration. La CCIMA estime que l’empilement des amendes, majorations et procédures de taxation d’office peut produire un effet disproportionné, notamment lorsqu’une entreprise traverse une difficulté temporaire.
Elle propose ainsi de plafonner le cumul des amendes et de prévoir une possibilité de remise gracieuse, notamment en cas de première défaillance ou de régularisation spontanée et rapide. À travers cette proposition, le secteur privé souhaite davantage privilégier la conformité volontaire et la régularisation que la seule logique répressive.
La bonne foi des entreprises à mieux protéger
La sécurité des transactions a également été au centre des échanges. La CCIMA a notamment soulevé la question de l’utilisation frauduleuse d’un Numéro d’Identification Unique (NIU) par un partenaire commercial. Elle souhaite qu’un opérateur ayant effectué les vérifications requises puisse être protégé lorsqu’il est démontré qu’il a consulté le NIU sur le portail officiel de l’administration fiscale à la date de la transaction.
L’objectif est de faire de cette vérification un élément permettant d’établir la bonne foi du contribuable. Une telle mesure contribuerait, selon la Chambre, à sécuriser davantage les relations commerciales et à renforcer la confiance entre l’administration et les entreprises.
Préserver la trésorerie des entreprises
La trésorerie constitue un autre axe important des propositions présentées au cours de la rencontre. La CCIMA demande notamment le remboursement des retenues IGS non imputées lorsqu’une entreprise cesse son activité ou sort du régime concerné. Pour la Chambre, le maintien de sommes devenues inutilisables peut créer des crédits dormants et priver les entreprises de ressources dont elles pourraient avoir besoin pour poursuivre leur activité.
La Chambre propose également un assouplissement du traitement fiscal des loyers de biens meubles entre parties liées, notamment par un relèvement du plafond de déductibilité ou par la possibilité d’une dérogation justifiée par une expertise indépendante. Cette proposition concerne particulièrement des secteurs comme le BTP, le transport et l’agro-industrie, fortement utilisateurs de matériels et d’équipements.
Ne pas pénaliser la croissance des entreprises
La CCIMA souhaite par ailleurs instaurer une période de transition pour les entreprises qui franchissent les seuils les faisant basculer vers le régime réel. L’organisation estime que le passage d’un régime à l’autre peut entraîner une hausse importante des obligations comptables et fiscales. Un exercice de transition permettrait donc aux entreprises concernées d’adapter progressivement leur organisation. Derrière cette proposition se trouve un principe défendu par le secteur privé : la croissance d’une entreprise ne devrait pas se transformer brutalement en source de contraintes administratives disproportionnées.
Adapter la fiscalité aux réalités du terrain
La dernière proposition mise en avant concerne les paiements en espèces. La CCIMA souhaite relever le plafond de déductibilité des charges réglées en espèces, actuellement fixé à 100 000 FCFA, jusqu’à 300 000 FCFA à titre d’exemple, pour certaines activités où les moyens de paiement dématérialisés restent difficilement accessibles.
Le BTP, les activités forestières et l’agriculture sont notamment concernés, particulièrement dans les zones isolées et sur certains chantiers où les infrastructures financières demeurent limitées. Pour la Chambre, cette évolution ne remettrait pas en cause les exigences de traçabilité, mais permettrait d’intégrer davantage les contraintes opérationnelles auxquelles sont confrontées les entreprises sur le terrain.
Le DG des Impôts mise sur le dialogue
Face à ces préoccupations, l’administration fiscale a affiché sa volonté de poursuivre le dialogue avec le secteur privé. Le Directeur général des Impôts a replacé la rencontre dans « un contexte économique et budgétaire particulièrement exigeant », tout en insistant sur la représentativité de la CCIMA dans le tissu économique national. « La CCIMA rassemble sous un même toit le Commerce, l’Industrie, les Mines et l’Artisanat. Elle côtoie aussi bien la grande entreprise que l’atelier de quartier, l’exportateur que le commerçant de détail. Elle est présente dans toutes les régions, au plus près », a-t-il relevé.
Pour le responsable de l’administration fiscale, cette proximité avec les différentes catégories d’acteurs économiques fait de la Chambre un interlocuteur privilégié. « C’est ce qui fait d’elle un interlocuteur privilégié de l’Administration fiscale, et c’est tout le sens du cadre de dialogue : permettre l’écoute réciproque, identifier les difficultés et rechercher autant que possible les réponses appropriées », a-t-il expliqué. Une approche qui rejoint la volonté exprimée par Christophe Eken de faire de ces consultations un espace de recherche de solutions concrètes.
Les 24 propositions désormais sur la table
Au-delà des cinq mesures mises en avant, les 24 propositions de la CCIMA couvrent plusieurs autres domaines : simplification de la cessation d’activité, amélioration de la traçabilité des paiements publics, fiscalité environnementale, taxation en temps réel et autres mesures destinées à améliorer l’environnement fiscal des entreprises.
La rencontre de Douala aura ainsi permis de confronter les attentes du secteur privé aux contraintes de mobilisation des recettes publiques auxquelles fait face l’État. Pour la CCIMA, l’enjeu consiste moins à opposer entreprises et administration qu’à rechercher un équilibre entre efficacité du recouvrement, sécurité juridique, compétitivité et capacité d’investissement des entreprises.
À quelques mois de l’examen de la Loi de finances 2027, les propositions formulées par la Chambre constituent désormais une contribution du secteur privé au débat fiscal. Leur éventuelle traduction dans le dispositif légal dépendra des arbitrages qui seront opérés dans le cadre de la préparation puis de l’examen du prochain budget de l’État.
Une chose ressort toutefois des échanges de Douala : pour les opérateurs économiques, une fiscalité efficace ne se mesure pas uniquement au niveau des recettes qu’elle permet de mobiliser, mais également à sa capacité à accompagner la création de valeur, l’investissement et la croissance des entreprises.






















