La rencontre avec Maurice Kamto fut un moment d’écoute intense, une occasion pour plusieurs artistes de poser des questions fondamentales qui nous obligent à reconsidérer notre pratique actuelle. Parmi elles, celle d’un sculpteur confronté à l’absence d’espace de travail, soulevant ainsi la question plus large de l’accès à la propriété pour l’artiste, qui, comme tout citoyen, doit aussi se loger avec sa famille. Or, dans le système actuel, la seule solution qui lui semble accessible est d’adopter un statut d’entrepreneur ou de commerçant.

Mais qui dit commerce dit capitalisme. Et dans le capitalisme, non seulement les plus puissants écrasent les plus faibles—comme ces multinationales de téléphonie qui exploitent la musique sans que les artistes musiciens ne perçoivent grand-chose—mais encore, le marché ne garantit pas le succès à tous. Seuls quelques-uns parviennent à générer des ventes significatives, tandis que la majorité se retrouve dans une précarité structurelle. Parce que le capitalisme est une jungle, beaucoup y sont condamnés à l’invisibilité, voire à la disparition.

Peut-on reprocher aux artistes ce que l’on ne reproche pas aux autres ? Vieillir ? Tomber malade ? Avoir un accident ? Le capitalisme sauvage ne saurait organiser une société comme la nôtre, encore moins la vie de l’artiste. Si la contribution de l’artiste n’était que matérielle, pourquoi l’UNESCO aurait-elle créé la notion de patrimoine immatériel pour protéger des cultures qui échappent aux logiques marchandes ? Ceux qui œuvrent dans ce domaine ne doivent pas être oubliés, car ils participent à la transmission d’un héritage qui nous survivra.

Prenons l’exemple de Chilli Wawaye, assise sur la photo à droite du Pr. Kamto et moi à gauche . Elle consacre sa vie à préserver les musiques patrimoniales en voie de disparition. Ce qu’elle fait dépasse la logique commerciale : même si elle vend ses œuvres, il ne revient pas à la loi du marché de décider si notre patrimoine doit perdurer ou non. Car la disparition de nos cultures signifie notre propre disparition.

Au-delà du marché, l’État lui-même, censé incarner le service public, devient un acteur du capitalisme le plus brutal. Comment accepter qu’un patient, même en situation d’urgence, doive payer avant toute prise en charge dans un hôpital public ? Que dire d’un blessé dans le coma à qui l’on exige un paiement avant tout soin ? Est-ce une mauvaise interprétation du service public ou une application radicale du capitalisme ? Une chose est sûre : ce capitalisme-là tue les Camerounais. Et on ne peut pas prétendre qu’il ne s’agit pas d’un choix politique de ceux qui nous gouvernent.

C’est précisément dans ce contexte qu’est née la notion d’exception culturelle. La culture n’est pas une marchandise comme les autres. Ceux qui défendent le concept d’industrie culturelle ne doivent pas tomber dans le piège du marché, qui risque d’effacer nos cultures africaines. Les artistes sont des résistants, des gardiens de nos récits, de nos vécus, de notre mémoire collective. Cette résistance doit être reconnue et intégrée dans l’organisation même de notre pays.

 

Telle fut l’essence du plaidoyer porté par de nombreux artistes devant le candidat Mau

rice Kamto.

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