Réuni en session budgétaire, le Conseil d’administration de la Société Immobilière du Cameroun (SIC) a exprimé de vives préoccupations face aux contre-performances enregistrées dans la mise en œuvre des projets de logements sociaux, en particulier le partenariat italo-camerounais Pizzarotti. Présidant les travaux, Mme Célestine Ketcha Courtès, Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain et PCA de la SIC, a appelé à une accélération décisive des actions afin de matérialiser la vision du Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, en matière d’habitat social.
La session, marquée par la présence de l’ensemble des administrations représentées (une première depuis 2019) a également été l’occasion d’accueillir de nouveaux administrateurs issus de plusieurs institutions. La Présidente du CA a rendu un hommage appuyé aux anciens membres, ainsi qu’au regretté Jean Calvin Tjonog, ancien représentant du Crédit Foncier du Cameroun.
Quatorze points étaient inscrits à l’ordre du jour, portant notamment sur l’évaluation des performances de l’exercice 2025, la définition des activités prioritaires pour 2026 et l’orientation stratégique de la SIC. Dans son allocution, Mme Ketcha Courtès a rappelé l’engagement solennel du Président de la République, exprimé lors de son discours d’investiture du 6 novembre 2018, de mettre en œuvre « une politique d’habitat social digne de ce nom ». Un engagement qui, selon elle, peine encore à se traduire concrètement sur le terrain.
En effet, après plus de six années d’accompagnement, la SIC n’a constitué qu’un parc d’environ 5 000 logements, alors que le déficit national est estimé à 2,5 millions d’unités, selon la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30). La Présidente du CA a ainsi exhorté la Direction générale à intensifier la production directe de logements sociaux, à renforcer les partenariats et à adopter une vision claire, cohérente avec les orientations nationales. Elle a également dénoncé plusieurs dysfonctionnements récurrents : retards dans la transmission des documents, non-exécution de résolutions, manque de transparence dans l’exécution des marchés et déficit de collaboration, autant de manquements qui, selon elle, portent atteinte à l’image de l’État.

Le projet Pizzarotti au cœur des préoccupations
Les débats ont été largement dominés par l’incident survenu le 17 décembre 2025 sur les sites du projet Pizzarotti, à Nkolmeyos et Ekoko II. Lancé en 2012, ce projet ambitieux prévoit la construction de 10 000 logements sociaux ainsi que d’une base industrielle. La phase pilote, contractualisée en 2017 avec l’entreprise italienne Imprese Pizzarotti & C. S.p.A, portait sur 1 000 logements pour un montant de 115 milliards de FCFA, à réaliser en 26 mois.
Recadrée en 2021, la phase 1 du projet a été ramenée à 240 logements, pour un coût de 96 milliards de FCFA, avec un délai révisé. Pourtant, malgré les engagements pris lors d’une visite d’inspection en juin 2023, notamment l’achèvement de la base industrielle en 24 mois, la réalité observée demeure préoccupante. La descente du Conseil d’administration sur les sites, le 17 décembre dernier, a été empêchée par des agents de sécurité, suscitant l’indignation des administrateurs.
Selon le rapport présenté par la Direction générale, 53 milliards de FCFA ont déjà été consommés, pour un taux d’avancement inférieur à 10 % sur la base industrielle et environ 30 % sur les logements. Face à cette situation, la PCA a posé une question lourde de sens : « Devons-nous être complices de faire mentir le Chef de l’État ? »
Mme Ketcha Courtès a plaidé pour la conduite urgente d’un audit indépendant par un cabinet externe, afin d’évaluer la gestion du projet, les coûts engagés et les besoins financiers complémentaires, estimés à 43 milliards de FCFA, dont 37 milliards pour la seule base industrielle. Elle a également relevé le niveau élevé des coûts liés aux études et au management, les glissements de calendrier successifs, ainsi que le recours massif à une main-d’œuvre étrangère, éléments qui éloignent toute perspective d’opérationnalité avant 2028.
Un budget 2026 sous le sceau de la rigueur et de l’urgence
Sur le plan budgétaire, le Conseil a adopté, après près de quatre heures d’échanges nourris, le budget 2026 de la SIC, arrêté à 14,5 milliards de FCFA, dont 9 milliards consacrés à l’investissement et 5,5 milliards au fonctionnement. Cette décision intervient dans un contexte de contre-performance en 2025, marqué par une réalisation de 10 milliards de FCFA sur les 20 milliards initialement attendus.
Au regard de cette situation, les administrateurs ont prescrit un encadrement strict des dépenses de fonctionnement, déjà évaluées à 6 milliards de FCFA sur 10 milliards de recettes. Le Conseil a par ailleurs insisté sur l’urgence absolue du lancement effectif des projets de logements sociaux dès 2026, année présentée comme celle de l’accélération du Plan SIC.
En clôturant les travaux, la Présidente du Conseil d’administration a exprimé l’espoir que 2026 marque un tournant décisif, avec des objectifs clairs, un budget à fort impact et une gouvernance renforcée. Elle a adressé ses vœux de santé, de bonheur et de prospérité aux administrateurs et à l’ensemble des acteurs du secteur.
Dans un contexte de pression croissante sur la production de logements abordables, pilier central de la politique présidentielle, les résolutions issues de cette session pourraient constituer un moment charnière pour l’avenir et la crédibilité de la Société Immobilière du Cameroun.

















